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A Buea, au Cameroun anglophone, des résistants tentent de sauver l'école

Deux élèves face à un enseignant en guise de classe: près de trois semaines après la rentrée scolaire, le conflit séparatiste qui ravage l'ouest camerounais anglophone vide le collège bilingue Excel, un établissement privé de la ville de Buea. 

Depuis le déclenchement de la crise anglophone dans la région du Sud-ouest, dont Buea est le chef-lieu, et celle du Nord-ouest, les séparatistes perturbent le fonctionnement des écoles, multipliant les kidnappings d'élèves et d'enseignants.

Le 9 novembre 2016, alors que la crise anglophone venait à peine de commencer, "une horde de personnes ont pris d'assaut les salles de classe d'Excel College, machettes au poing, demandant à tout le monde de vider les lieux, sans quoi il y aurait un bain de sang", raconte un enseignant du collège, M. Tseké, présent le jour de l'attaque.

A la suite de cet attaque, les responsables de l'établissement ont décidé de le délocaliser à Clerks quarter, un quartier administratif ultra-sécurisée. 

"Non loin de nous, vous avez la gendarmerie, derrière nous, vous avez la police, à notre gauche vous avez le 21e BIM" (brigade d'infanterie motorisée), une unité de l'armée redoutée pour sa puissance de feu, détaille M. Tseké.

Ici vivent la plupart des fonctionnaires de l'administration, de la police et de l'armée. 

Un havre de paix qui n'a jamais été inquiété depuis que les séparatistes lancent des attaques un peu partout ailleurs à Buea, sur un flanc du Mont Cameroun, plus haut sommet du pays culminant à plus de 4.000 mètres.

- Moyens du bord -

Mais le collège a dû occuper un bâtiment, uniquement accessible en se faufilant entre des habitations par des pistes.   

Une cloche accrochée au toit à l'aide d'un fil sert de sonnerie, et le nom de l'établissement est inscrit sur des feuilles de papier volantes entre deux pupitres. 

Dans une des neuf salles de classe, un enseignant dispense son cours devant seulement deux élèves. 

"Les locaux sont exiguës, mais nous sommes véritablement en sécurité", assure M. Tseké. 

Mais cela n'a pas suffit à rassurer les élèves dont le nombre a chuté, passant de 1.350 en 2016-2017 à moins de 400 actuellement (parmi lesquels moins de la moitié répond présent depuis la reprise des cours le 2 septembre), selon les données du collège. 

La section francophone n'est plus opérationnelle, beaucoup de parents ayant décidé d'envoyer leurs enfants dans des villes francophones jugées plus sûres.

Jeannette Benga, figure locale de la société civile installée à Buea depuis 25 ans, fait partie de ces parents qui résistent aux menaces séparatistes en maintenant leurs enfants dans la ville.

"Ma fille a été kidnappée au sortir de l'école en 2017" puis libérée au bout de trois jours de captivité, affirme-t-elle, sans plus de précision. Malgré tout, Mme Benga envoie toujours ses quatre enfants, dont l'ex-otage, à l'école dans la ville. 

Mais, admet-elle, "c'est un souci permanent de les voir sortir pour l'école, Nous vivons dans une insécurité perpétuelle". 

"Nous avons hâte de voir cette crise finir" au terme du dialogue national prévu du 30 septembre au 4 octobre à Yaoundé, espère-t-elle. 

- L'éducation, revendication séparatiste -

Depuis trois ans, plus de 4.400 écoles ont fermé dans les deux régions anglophones, selon l'Unicef, affectant la scolarité de plus de 700.000 enfants. Plus de 300 étudiants, élèves et enseignants ont été enlevés depuis 2018.

Depuis la reprise des cours, les écoles publiques de Buea restantes essayent d'avoir un fonctionnement normal, mais les établissements privés sont encore à la traîne. 

"Les séparatistes imposent la fermeture des écoles pour attirer l'attention de la communauté internationale sur les problèmes que nous avons ici", justifie un parent de Buea, M. Agbor, l'un des rares à admettre son soutien à la cause séparatiste. 

"Je veux la séparation. Elle nous permettrait par exemple d'avoir un système éducatif qui nous convient", explique-t-il. 

Une grève des enseignants anglophones, puis d'avocats, est à l'origine du déclenchement de la crise. Ces enseignants se plaignaient notamment du fait que leurs collègues francophones dispensaient des cours en français dans les établissements anglophones. 

Les grèves d'enseignants et d'avocats s'étaient transformées en contestation populaire. Après des mois de répression de la police et de l'armée, les groupes séparatistes se sont formés et combattent l'armée depuis près de deux ans, avec désormais pour objectif l'indépendance du Cameroun anglophone.

Le conflit a déjà fait plus de 2.500 morts, selon le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG) et poussé plus de 530.000 personnes à fuir leur domicile, selon l'ONU.

rek-js/cma/jh/jlb

 

AFP

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