SlateAfrique

mis à jour le

Soudan du Sud: un journaliste critique du régime abattu chez lui


Un policier sud-soudanais dans une rue de Juba AFP/Archives Trevor Snapp

Un journaliste sud-soudanais souvent critique à l'égard du gouvernement a été abattu à son domicile dans la capitale Juba, ont annoncé jeudi ses collègues, ajoutant qu'il avait récemment reçu des menaces anonymes.

Diing Chan Awuol, qui écrivait pour des sites internet comme Sudan Tribune et Gurtong sous le nom de plume de Isaiah Abraham, a été tué par des inconnus à son domicile tôt mercredi matin, a indiqué la police.

"La police mène l'enquête et elle va établir ce qui s'est passé (...) Elle soupçonne un assassinat dans la mesure où rien n'a été volé", a indiqué le porte-parole de la police James Monday Enoka.

Un des derniers articles du journaliste appelait le gouvernement sud-soudanais à apaiser ses relations avec le Soudan voisin, ancien ennemi pendant plusieurs décennies de guerre civile, et à cesser tout soutien à des mouvements rebelles sur le sol du Soudan.

"Des journalistes ont rapporté que Chan (Awuol) avait été menacé à plusieurs reprises et qu'il avait reçu des appels anonymes lui enjoignant d'arrêter ses écrits", indique le Comité pour la protection des journalistes, une organisation américaine qui appelle à "une enquête complète" concernant le meurtre.

"Sa véritable identigé avait récemment été découverte et il m'avait dit que des agents des services de sécurité étaient à sa recherche", a rapporté auprès de l'AFP un ami de Awuol sous couvert d'anonymat. "Je lui ai suggéré d'abandonner son pseudonyme et d'en prendre un autre mais il était trop tard".

Pour le journaliste sud-soudanais Ayuen Panchuol, le meurtre de Awuol est une manière de dire à ses collègues "regardez, c'est ce qu'il va vous arriver si vous ne vous taisez pas".

Le Soudan du Sud, qui a fait secession du Soudan en juillet dernier, tente difficilement d'établir des institutions solides et de faire prévaloir l'état de droit sur son territoire.

Awuol, qui était marié et père de cinq enfants, avait combattu aux côtés des rebelles sud-soudanais contre le régime de Khartoum pendant la guerre civile, et il avait plus récemment été employé par la commission de justice nationale.

Dans une société sud-soudanaise très militarisée, les journalistes sont souvent victimes de "violences et d'intimidation" pour les dissuader de traiter de sujets délicats, comme le rôle de l'armée, rapportait l'association Reporters sans frontières dans un rapport sur ce pays publié cette année.