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Algérie: la contestation fait sa rentrée pour un 29e vendredi de manifestation

Les Algériens, de retour de vacances, se sont particulièrement mobilisés pour le 29e vendredi consécutif de manifestations, le premier depuis la rentrée et depuis l'injonction de l'armée au président par intérim d'organiser une présidentielle d'ici la fin de l'année.

Sans atteindre le raz-de-marée populaire des mois d'avril et mai, les manifestants qui ont défilé sans incident avant de se disperser en fin d'après-midi, étaient notablement plus nombreux dans les rues d'Alger que pendant les deux mois d'été et de vacances scolaires, durant lesquels la mobilisation avait baissé, tout en restant significative.

Faute de comptage officiel, la foule qui prend chaque semaine depuis le 22 février part au "Hirak", le mouvement de contestation inédit du régime algérien, est difficile à jauger précisément.

Une mobilisation importante était également signalée vendredi dans plusieurs villes du pays, notamment les plus importantes: Oran (nord-ouest), Constantine et Annaba (nord-est), selon les sites d'information et les réseaux sociaux.

Lundi, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée et véritable homme fort du pays, a implicitement intimé au président par intérim Abdelkader Bensalah de publier ce 15 septembre le décret de convocation d'une présidentielle devant élire un successeur à Abdelaziz Bouteflika, contraint à la démission le 2 avril, sous les pressions conjuguées de la rue et de l'armée.

- "Généraux à la poubelle" -

Une convocation à cette date du corps électoral fixerait, compte tenu des délais légaux, à la mi-décembre la date d'une élection dont le mouvement de contestation répète depuis des mois qu'il ne veut pas tant que les anciens fidèles de M. Bouteflika, en premier lieu le général Gaïd Salah et M. Bensalah, sont encore au pouvoir.

"Wallah (je le jure devant Dieu), je n'irai pas voter!", ont scandé les manifestants, contredisant les affirmations du chef d'état-major de l'armée selon lesquelles le peuple algérien revendique "avec insistance et prestement" la tenue de la présidentielle.

"Le peuple veut faire tomber Gaïd Salah", lui ont-ils répondu, réclamant, aux cris de "les généraux à la poubelle", la fin de la place centrale qu'occupe le haut commandement militaire dans l'appareil de pouvoir en Algérie depuis l'indépendance en 1962.

Parmi les manifestants, Hocine Debbas, architecte de 46 ans, explique: "Gaïd Salah n'a pas le droit d'appeler à la convocation de la présidentielle. C'est au chef de l'Etat (par interim) de le faire", selon la Constitution, mais le chef d'état-major de l'armée "veut coûte que coûte aller aux élections".

Mohamed Bellabbas, autre architecte de 46 ans, qualifie l'injonction du général Gaid Salah de "pure provocation". "Personne n'ira voter tant que les exigence du Hirak ne sont pas satisfaites", assure-t-il.

- "Non au scénario égyptien" -

"Je pense, donc je ne vote pas", résume une affichette brandie par un manifestant. 

"Non au scénario égyptien en Algérie", proclame une manifestante sur une pancarte écrite en anglais et en arabe, en référence au président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, ex chef de l'armée, et à une possible ambition présidentielle du général Gaïd Salah que lui prêtent, malgré ses démentis, certains observateurs.

Une présidentielle prévue le 4 juillet a dû être annulée, aucun candidat ne s'étant déclaré, face à l'ampleur de la contestation. Malgré l'opposition de la rue, qui n'y voit qu'un moyen pour le "système" de se maintenir au pouvoir par la fraude, l'armée semble pourtant bien décidée à accélérer le processus en vue de la tenue d'un scrutin d'ici la fin de l'année.

Mercredi, Karim Younès, coordinateur de l'"Instance nationale de Dialogue" mise sur pied par le pouvoir pour définir des modalités censées garantir la transparence du scrutin, a annoncé que la "Conférence nationale de dialogue" qu'il avait initialement promise en gage de bonne foi et dont les conclusions devaient s'imposer aux autorités, n'aurait finalement pas lieu.

"Les préparatifs nécessitent beaucoup de temps", s'est justifié M. Younès, ancien président de la Chambre basse, qui n'a jamais réussi à asseoir la légitimité de son instance et la sincérité de sa démarche auprès du "Hirak" et avait déjà dû renoncé face à l'opposition de l'armée aux "mesures d'apaisement" qu'il réclamait avant que l'instance commence ses travaux.

Faute de "Conférence nationale", l'instance présentera un rapport de ses "consultations", boycottées par les opposants à l'élection et par les mouvements proches du "Hirak".

AFP

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