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Nigeria: l'interdiction du groupe chiite MIN fait craindre une escalade des tensions

En interdisant l'important groupe chiite MIN et en le qualifiant de "terroriste" après une série de manifestations réprimées dans le sang, les autorités nigérianes ont pris le risque de plonger le "géant de l'Afrique" dans un nouveau conflit sanglant. 

Fin juillet, le gouvernement de Muhammadu Buhari, musulman sunnite comme l'immense majorité des musulmans nigérians, a mis au ban le Mouvement Islamique du Nigeria (MIN), groupe dirigé par Ibrahim Zakzaky, figure importante du pays incarcéré depuis décembre 2015 et qui doit passer lundi en cour de justice. 

Ses partisans, qui clament être plusieurs millions (aucun chiffre officiel n'est disponible), ont multiplié les marches à Abuja, la capitale fédérale, pour demander sa libération. 

Mais cette récente interdiction du groupe est perçue comme une atteinte au chiisme et un moyen - dangereux - de forcer le groupe à la clandestinité. 

"Ils nous poussent à bout, au point où on dira +C'est bon, défendons nous nous-mêmes et prenons les armes+", confie la fille du leader, Suhailah Maleshiya, qui a fait ses études en Malaisie. "Voir nos frères se faire tuer encore et encore, ça ferait changer l'esprit de n'importe qui", explique la fille d'Ibrahim Zakzaky. 

Le sheikh est en détention depuis bientôt quatre ans, lorsque l'armée nigériane a maté une manifestation dans leur fief de Zaria (Etat de Kaduna), faisant quelque 350 morts. Depuis, sa santé s'est détériorée selon ses avocats, qui demandent une libération sous caution pour qu'il puisse partir à l'étranger pour se soigner. 

Ces dernières semaines, les partisans du MIN ont manifesté quasiment tous les jours pour demander sa libération, chantant des slogans tels que "mort à Buhari, mort à l'Arabie Saoudite, libérez Zakzaky, mourons pour Zakzaky". 

Les rassemblements ont été pour la plupart du temps pacifiques, mais fin juillet, au moins six manifestants (vingt, selon le MIN), ainsi qu'un officier de police et un journaliste ont été tués dans des heurts violents. 

La réponse de l'Etat nigérian face à ce groupe radical, qui ne reconnaît pas l'autorité d'Abuja et souhaite la mise en place d'une République islamique sur le modèle iranien, est claire et n'a jamais été ouverte au dialogue. 

- Martyres -

Pour l'instant, le groupe chiite a annoncé qu'il suspendait tout rassemblement, mais cette décision ne fait pas l'unanimité au sein de ses partisans.

"Tu peux mourir à n'importe quel moment, dans un accident de voiture ou n'importe où", explique à l'AFP Muhammed Soje, membre radical du MIN, en faisant défiler sur son téléphone les photos de ses amis tués. "Ne serait-ce pas mieux de mourir en martyr ?"

Les membres du groupe montrent une loyauté sans borne à Zakzaky auquel ils vouent un véritable culte. Plus les nouvelles de sa santé sont mauvaises et plus le mouvement se radicalise, confie une source au sein du groupe sous couvert d'anonymat.  

Au moment où le Nigeria interdisait le MIN, le pays célébrait le triste anniversaire des 10 ans d'insurrection contre le groupe jihadiste de Boko Haram, qui a fait plus de 27.000 morts et 2 millions de déplacés. 

Le 30 juillet 2009, l'armée nigériane massacrait des centaines de partisans de la secte islamiste radicale ainsi que son leader Mohamed Yusuf dans son fief de Maiduguri (nord-est). Mais le groupe est entré dans la clandestinité et a été récupéré par les mouvements jihadistes internationaux, tels que Al Qaida dans ses débuts, et aujourd'hui le groupe de l'Etat Islamique. 

Les scénarios se ressemblent étrangement et beaucoup craignent que le MIN ne prenne les armes, dans un contexte de rivalité entre l'Iran et l'Arabie Saoudite quant à leur influence sur le continent africain.  

"Zakzaky n'est pas quelqu'un de violent", affirme un ancien membre du groupe, dans une interview avec l'AFP. "Il ne prêche pas la violence mais il est vrai que ceux tués en son nom, ou au nom du MIN sont considérés comme des martyrs". 

En face, des sheiks sunnites radicaux et salafistes très proches des pouvoirs locaux ont régulièrement fait pression pour interdire le MIN, explique un chercheur sous condition d'anonymat, et continuent d'appeler à chasser les chiites du Nigeria.

AFP

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