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Soudan:

Lorsque des militaires se sont présentés pour offrir leur condoléances, les proches d'Abdallah Adam leur ont claqué la porte au nez. Dévastés par la mort du jeune homme, tué lors d'une manifestation à Al-Obeid, ils étaient incapables d'endurer une humiliation supplémentaire.

"Nous leur avons dit que nous n'acceptions aucun représentant du gouvernement", raconte Bushri Adam, membre de la famille de l'étudiant, tué par balles lundi avec cinq autres personnes alors qu'ils manifestaient contre les pénuries de pain et de carburant à Al-Obeid, dans l'Etat du Kordofan-Nord (centre).

Depuis ce drame, qui a suscité l'indignation en raison notamment du jeune âge des victimes, pour la plupart des lycéens âgés de 15 à 17 ans, quatre autres manifestants ont été tués jeudi lors d'un rassemblement à Omdourman, ville voisine de Khartoum.

Dans les deux cas, le Conseil de transition militaire qui dirige le pays depuis la destitution du président Omar el-Béchir en avril, a blâmé les paramilitaires des redoutables Forces de soutien rapide (RSF), accusés d'avoir agi sans ordre. 

Sur l'étroit chemin poussiéreux devant la maison des Adam, une petite tente de deuil a été érigée. "La mort est acceptable, mais la chose douloureuse est l'humiliation", murmure le père de la victime, Ismaïl, en cachant son visage strié de larmes derrière son mouchoir.

La visite de condoléances avortée des militaires a été ressentie comme une gifle par la famille endeuillée, et l'annonce mercredi, deux jours après la mort d'Abdallah, que des paramilitaires suspects ont été arrêtés, n'a été d'aucun apaisement. 

Mohammed Idris est un médecin et un ami des Adam. La balle qui a tué le jeune homme est entrée sous son oeil droit, et lui a éclaté le crâne, raconte-t-il à l'AFP.

"Nous n'avons pas eu le rapport complet d'autopsie, juste un certificat de décès pour l'enterrement", explique-t-il.

- "Sang pour sang" -

Sur les six victimes de la manifestation de lundi à Al-Obeid, quatre étaient des lycéens, comme Abdallah. Ils protestaient contre les pénuries de pain et de carburant. 

Sur le mur d'enceinte de l'hôpital d'Al-Obeid, où ont été transportés les morts et les blessés, s'étale un portrait à la bombe d'Ahmed Abdelwahab, qui se faisait appeler "Kaka", du nom de son idole, le footballeur brésilien. Il avait 17 ans. Il a été tué d'une balle à l'abdomen.

Un de ses proches, Rashid Bakhit, raconte à l'AFP: "Kaka était très actif au sein du quartier et de l'école, et même si sa famille n'est pas militante, il participait aux mouvements de protestation" populaire qui secouent le Soudan depuis décembre et ont conduit à la chute historique d'Omar al-Béchir, le 11 avril dernier. "Sa famille et ses collègues sont dévastés", soupire M. Bakhit.

Les victimes de la manifestation d'Al-Obeid ont été abattues "à balles réelles", atteintes "à la tête ou dans la poitrine et les jambes", indique le docteur Amer al-Taeb, qui a reçu les corps des quatre lycéens et a soigné une trentaine de blessés.

"Sang pour sang, nous ne voulons pas de compensation", scandaient mercredi des hommes et des femmes d'Al-Obeid, descendus dans la rue deux jours après le drame, pour crier leur colère, en brandissant des portraits des lycéens tués.

Dans la ville sous couvre-feu depuis les événements, une autre tente de funérailles a été dressée devant la maison de Mohammed Suleiman, également tué lors de la manifestation. Lui avait 55 ans.

Depuis décembre, la répression de la contestation a fait plus de 250 morts, selon un comité de médecins proche de la contestation.

AFP

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