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Le Sahara et les migrations imposent le statu quo dans la relation entre le Maroc et l'UE

Le récent retour des navires de pêche européens dans la zone de pêche marocaine confirme l'entente retrouvée entre l'UE et le Maroc, mais la crise sur le Sahara occidental est loin d'avoir été résolue et va peser sur leurs relations, estiment des analystes consultés par l'AFP.

"La crise est loin d'être réglée", assure Haizam Amirah-Fernández, chercheur au Real Instituto Elcano, un centre de réflexion basé à Madrid. Selon lui, la priorité entre l'Union européenne et le Maroc est "la défense du statu quo, la protection d'une relation héritée des temps immémoriaux".

Lors de leur sommet en juin, les dirigeants européens ont célébré le "nouvel élan" des relations avec le Maroc. Le rapprochement s'est concrétisé quelques jours plus tard à Bruxelles avec le premier Conseil d'association UE-Maroc tenu depuis décembre 2015.

Le peuple marocain aspire à des changements après vingt années de règne du roi Mohammed VI. Mais l'UE va se limiter à pousser pour une libéralisation de l'économie, soutient la consultante indépendante Chloé Teevan, spécialiste du Maghreb. 

"L'UE ne fait plus vraiment d'effort pour mettre la pression pour faire de vraies réformes politiques",d'autant que "le Maroc a mis des lignes rouges autour du sujet", souligne-t-elle. Et la crise migratoire n'incite pas l'UE à compliquer des rapports difficiles, ajoute-t-elle.

Les relations entre les deux partenaires se sont détériorées en 2016, lorsque la Cour de justice de l'UE (CJUE) a décidé que le territoire du Sahara occidental ne devait pas être couvert par un accord commercial entre le bloc européen et le Maroc.

En 2018, les juges européens ont appliqué le même principe à l'accord de pêche, qui est crucial pour les navires européens.

Bruxelles et Rabat ont renégocié le texte pour inclure explicitement les "eaux adjacentes du Sahara occidental", afin de se conformer à la décision de la Haute Cour.

L'accord a permis de renouer les liens entre l'UE et le Maroc. La relation a été définie en juin comme "stratégique, multidimensionnelle et privilégiée".Mais deux autres recours du Front Polisario devant la CJUE risque de provoquer de nouvelles tensions.

Rabat considère le Sahara occidental comme sien et mise sur "la pression de l'Espagne et de la France pour interdire sa division", explique Haizam Amirah-Fernández.

Le Sahara occidental est le seul territoire du continent africain où, selon l'ONU, le statut postcolonial n'a pas encore été établi.

Le Front Polisario, qui a proclamé la République arabe sahraouie démocratique, et contrôle 20% du territoire, appelle à un référendum d'autodétermination dans ce territoire riche en ressources naturelles, comme les phosphates, et où la flotte européenne réalise 90% de ses prises dans le cadre de l'accord de pêche.

- Pression des migrations -

Pour l'UE, le Maroc n'est pas seulement le pays qui exporte 63,9% de ses productions vers le bloc européen et son principal partenaire commercial. 

Le Royaume possède la seule frontière terrestre de l'espace communautaire avec l'Afrique dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, et l'UE a engagé 140 millions d'euros en 2018 pour la gestion des migrations dans ce pays.

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a appelé en juin à "une approche structurelle et à long terme" qui ne se limite pas à "attendre la réaction des pics migratoires".

Selon Haizam Amirah-Fernandez, le rôle clé du Maroc à la frontière pourrait être source de tensions si le Royaume demande à bénéficier des avantages accordés à la Turquie, avec laquelle l'UE a conclu un accord migratoire en 2016 pour limiter les arrivées par mer en Grèce. 

"Mais devenir un pays de transit pour l'immigration africaine est également un problème pour le Maroc, car il serait confronté à de très fortes pressions", a déclaré l'analyste.

Chloé Teevan estime que la question migratoire va empêcher l'UE de pousser pour une réforme politique.

L'UE vise une coopération plus étroite avec le Maroc, indépendamment du contexte politique interne, soutient-elle. Le commerce "a des avantages plus immédiats pour l'Europe, ou plutôt pour les entreprises européennes", explique-t-elle.

AFP

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