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Après la mort de 5 lycéens, les jeunes Soudanais en colère défilent

Cartables dans le dos et drapeau soudanais dans les mains, des centaines de lycéens et étudiants ont manifesté mardi dans les rues de Khartoum pour dénoncer la mort de cinq de leurs camarades dans une ville du centre du pays.

"Nous gardons tout le temps le silence et ils nous tuent", s'exclame, en colère, Enas Saifeddine, une lycéenne de 16 ans en uniforme scolaire.

"Les cinq lycéens d'Al-Obeid ont été tués parce qu'ils demandaient des choses essentielles: de la nourriture, de l'eau, de l'électricité", continue la jeune fille au voile blanc, sortie manifester dans les rues d'Al-Diem, un quartier de Khartoum.

Lundi, cinq lycéens ont été tués par balle alors qu'ils protestaient contre la pénurie de pain et de carburant à Al-Obeid, ville de l'Etat du Kordofan-Nord (centre). Plus de 60 personnes ont aussi été blessées.

Le mouvement de contestation a accusé les redoutés paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF) --dirigées par le numéro deux du Conseil militaire à la tête du pays, Mohammed Hamdan Daglo-- d'avoir ouvert le feu contre la foule. 

A Khartoum, les jeunes manifestants ont été vite rejoints par d'autres lycéens, scandant ensemble "le peuple veut se battre pour le droit des martyrs" ou encore "tuer un étudiant, c'est tuer la nation", selon un correspondant de l'AFP sur place. 

Dans le quartier de Bahri, dans le nord de la capitale, des étudiants ont érigé des barrages routiers et ont brûlé des pneus, provoquant une épaisse fumée noire, selon des témoins. 

"Depuis plus d'une heure, je suis bloqué dans les embouteillages puisque toutes les routes que je prends d'habitude sont bloquées par des pneus en flammes", a indiqué à l'AFP un Soudanais, sous le couvert de l'anonymat. 

- "Pas de futur" -

Pour Awab Faisal, un lycéen qui porte en guise de cape le drapeau soudanais alors qu'il défile dans les rues de Khartoum, les manifestations de mardi visent à transmettre un message aux autorités en place. 

"Nous vivons et étudions dans des conditions difficiles. Souvent, il n'y a pas d'eau ni d'électricité, et les prix ne font que grimper", explique-t-il. "Notre futur est incertain et ce genre de meurtres le rend plus difficile encore." 

Pays pauvre à l'économie exsangue, le Soudan est en proie à un mouvement de contestation depuis décembre. Déclenchées après le triplement du prix du pain, les manifestations se sont transformées en opposition au président Omar el-Béchir, destitué et arrêté par l'armée le 11 avril après 30 ans au pouvoir. 

Malgré une brutale répression, elles se sont poursuivies pour réclamer un gouvernement civil aux militaires ayant pris le pouvoir.

Parmi les manifestants mardi, certains portaient des habits déchirés. "Nos professeurs nous ont enfermés dans la salle de classe pour que nous n'allions pas manifester mais nous nous sommes battus et nous sommes venus", raconte à l'AFP un lycéen.

Des centaines de jeunes Soudanais se sont aussi rassemblés à Burri, un autre quartier de la capitale.

"Ils ont commencé à tuer les manifestants et maintenant, ils tuent les étudiants", dénonce Mohamed al-Shazli, marchant avec la foule.

Depuis décembre, la répression de la contestation a fait plus de 250 morts, dont 127 manifestants tués le 3 juin dans la dispersion brutale d'un sit-in organisé à Khartoum pour réclamer un pouvoir civil, selon un bilan d'un comité de médecins proche de la contestation.

Les cinq lycéens tués lundi avaient entre 15 et 17 ans, selon le Fonds des Nations unies pour l'Enfance (Unicef), qui a appelé mardi les autorités à "enquêter et traduire en justice tous les auteurs de violences contre des enfants".

"Tuer des civils pacifiques est un crime inacceptable qui ne doit pas rester impuni", a assuré le chef du Conseil militaire de transition, le général Abdel Fattah al-Burhane.

"Nous sommes le futur du Soudan mais aussi longtemps que les militaires seront au pouvoir, il n'y aura pas de futur", soupire pour sa part Mohamed.

Les lycéens ont vite été rejoints par des étudiants, notamment en sciences pharmaceutiques, qui ont chanté avec eux le mot d'ordre de la contestation, "pouvoir civil".

"La mort d'enfants a provoqué encore plus de colère", assure Solafa Mohamed, étudiante en pharmacie. "Ils voulaient quelque chose que tous les enfants désirent. Mais lorsqu'ils ont exprimé leur colère, ils ont été tués sans pitié."

AFP

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