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Nigeria: de nouvelles tensions avec la minorité chiite font au moins sept morts

Au moins six manifestants chiites du Mouvement islamique du Nigeria (IMN) et un policier ont été tués dans des heurts à Abuja lundi, dans un nouvel épisode de violences de plus en plus fréquents avec les forces de l'ordre pour demander la libération de leur chef, Ibrahim Zakzaky.

"Nous marchions sans violence et lorsque nous sommes arrivés au niveau du ministère des Affaires étrangères, ils (la police) ont commencé à tirer en l'air et sur la foule", a expliqué Abdullahi Muhammed Bello, un membre de l'organisation chiite.

"Il y a six corps devant moi, dont un mineur", a-t-il ajouté. 

Un photographe de l'AFP qui couvrait la manifestation a compté le même nombre de victimes, ajoutant avoir vu un policier à terre. "La manifestation était d'abord pacifique", a-t-il relaté, parlant de quelques centaines de manifestants chiites.  

"La police a commencé à sortir en nombre et a tiré des gaz lacrymogènes et les manifestants ont riposté en lançant des cocktails Molotov et ont mis le feu à des véhicules de pompiers", a ajouté le photographe. 

"Un haut gradé de la police a été tué dans les heurts avec les chiites à Abuja", selon l'agence de presse nationale, qui a ajouté que le policier "Umar a été tué par les manifestants en tentant d'empêcher les actions violentes et la destruction de biens".

La chaîne de télévision nigériane Channels a par ailleurs affirmé que l'un de ses reporters avait reçu une balle, sans donner de détails sur son état de santé. 

Le porte-parole de la police, Franck Mba, a publié un communiqué pour demander aux habitants d'Abuja, la capitale fédérale, de rester calme. 

"Il y a une manifestation violente actuellement en cours", a indiqué le porte-parole. "La police prend des mesures adéquates de maintien de l'ordre pour garder la situation sous contrôle". 

Amnesty International a aussitôt publié un communiqué appelant "les autorités à ne plus réprimer les manifestations chiites dans le sang". 

"Les forces de sécurité tirent à balles réelles sur des personnes qui exercent seulement leur liberté d'expression", regrette l'ONG internationale de défense des droits de l'Homme. 

Les membres de l'IMN, une organisation chiite radicale dans le nord du Nigeria majoritairement sunnite, demandent notamment la libération de leur chef, Ibrahim Zakzaky, incarcéré depuis décembre 2015 avec son épouse pour "homicide et rassemblement illégal".

- Réprimées dans le sang -

Ses partisans manifestent quasiment quotidiennement désormais dans les rues d'Abuja, la capitale fédérale pour demander leur libération. 

Le groupe, fort de plusieurs milliers de partisans, s'oppose depuis des années à l'autorité nigériane et ses manifestations sont souvent réprimées dans le sang. 

Le 11 juillet, au moins deux personnes ont été tuées, quelques jours après une sortie du fils du leader de l'IMN, accusant le gouvernement d'organiser "l'assassinat" du Sheik Zakzaky, incarcéré malgré des conditions de santé très dégradées. 

Ce week-end, la présidence nigériane a appelé les membres de l'IMN à attendre la prochaine comparution de leur leader en justice, lundi prochain.

"Nous demandons aux partisans de Zakzaky d'abandonner leurs manifestations violentes dans les rues et d'attendre la décision la cour de Kaduna (nord), ville dans laquelle leur leader doit comparaître", a déclaré Garba Shehu, le porte-parole de la présidence. 

Fin 2016, un tribunal fédéral avait jugé sa détention illégale et ordonné sa libération. Mais cette décision n'a jamais été exécutée.

En janvier, un tribunal avait ordonné qu'il puisse rencontrer ses médecins personnels, en raison de la dégradation de son état de santé, mais ses proches ont récemment fait savoir qu'il souffrait d'un empoisonnement au plomb. 

Fin octobre, des partisans de l'IMN avaient manifesté en masse à Abuja et la répression violente de la manifestation par les forces de sécurité avait fait 47 morts selon l'IMN et les observateurs, six selon les chiffres officiels.

En décembre 2015, l'armée a tiré sur des manifestants à Zaria, leur fief dans le nord du Nigeria, faisant plus de 350 morts. 

L'IMN, apparu comme un mouvement étudiant en 1978 avant de muer en groupe révolutionnaire inspiré par la révolution islamique en Iran, est aujourd'hui encore proche de Téhéran et suscite une grande hostilité au Nigeria où l'élite musulmane sunnite ne cache pas ses affinités avec l'Arabie saoudite.

AFP

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