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Après 30 ans, le Soudan fait un pas crucial vers la démocratie

Les généraux au pouvoir et les meneurs de la contestation au Soudan ont signé mercredi un accord sur le partage du pouvoir, qualifié de "crucial", après des mois de troubles marqués par la destitution du président Omar el-Béchir et une répression brutale.

Tôt mercredi, après des négociations qui ont duré toute la nuit, les deux parties ont paraphé une "déclaration politique", premier pas vers un gouvernement civil, principale revendication des contestataires.

Des discussions doivent cependant encore avoir lieu dans les prochains jours sur d'autres points, notamment sur la question de l'"immunité absolue" réclamée par les militaires au pouvoir et rejetée par le mouvement de contestation.

C'est un Conseil souverain composé de cinq militaires et six civils, présidé tour à tour par un représentant militaire et civil, qui sera chargé de mettre en oeuvre la transition pendant un peu plus de trois ans. 

Les militaires présideront cette instance pendant les premiers 21 mois de la transition, les civils prendront ensuite la relève pour les 18 mois restants.

- "Nouvelle ère" -

A l'issue de la rencontre dans un hôtel de luxe de Khartoum, le numéro 2 du Conseil militaire au pouvoir, Mohamed Hamdan Daglo dit "Hemeidti", aussi commandant des redoutées Forces de soutien rapide (RSF), a salué un moment "historique". 

Après avoir apposé ses initiales sur le document, il a déclaré que cette signature ouvrait "une nouvelle ère prometteuse de collaboration entre les forces armées, les RSF et les dirigeants de la glorieuse révolution soudanaise". 

"Aujourd'hui, nous nous sommes accordés sur la déclaration politique", a indiqué pour sa part Ibrahim al-Amin, un des meneurs de la contestation. "Pour le document constitutionnel, nous reprendrons les négociations vendredi", a-t-il ajouté à l'AFP.

Alors que les généraux quittaient l'hôtel, des employés de l'hôtel et des journalistes couvrant la signature ont scandé "gouvernement civil". Des dizaines de personnes rassemblées dans le quartier ont également repris ce slogan de la contestation.

Le Conseil militaire et l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, "ont conclu un accord très important qui constitue une étape cruciale vers une réconciliation globale", s'est félicité le médiateur de l'Union africaine, Mohamed El Hacen Lebatt, après avoir aussi paraphé le document.

Les meneurs de la contestation et le Conseil militaire, qui a succédé le 11 avril à Béchir resté 30 ans au pouvoir, s'étaient accordés le 5 juillet sur le principe d'un partage du pouvoir, grâce à une intense médiation de l'UA et de l'Ethiopie.

Mais les pourparlers sur les derniers détails de l'accord avaient été repoussés à plusieurs reprises ces derniers jours.

Selon le mouvement de contestation, les généraux ont réclamé une "immunité absolue" pour la répression des manifestations qui secouent le pays depuis le 19 décembre, une demande inacceptable pour les manifestants.

Le 3 juin, des hommes armés ont dispersé dans le sang le campement qui rassemblait des milliers de manifestants devant le siège de l'armée à Khartoum. Cette opération, dont les responsables n'ont pas encore été désignés, avait fait des dizaines de morts selon un comité de médecins proche de la contestation, et des centaines de blessés. 

- Immunité des militaires ? -

Dans la rue, ces dernières semaines, une des demandes avec l'établissement d'un "gouvernement civil", avait alors été que les responsables de la répression soient jugés. 

"Il n'y a pas de différend sur l'immunité", a déclaré mercredi à l'AFP le porte-parole du conseil militaire, le général Shamseddine Kabbashi, sans donner plus de détails.

Outre le sujet de l'immunité, restent encore en suspens la question de la création d'un Parlement de transition et celle du retrait des milices encore présentes à Khartoum et dans d'autres villes du pays.

Lundi, des rassemblements spontanés ont eu lieu dans plusieurs quartiers de la capitale soudanaise, après la mort d'un homme tué par balle dans le sud-est du pays, suite à un rassemblement des habitants réclamant le départ de leur ville des forces paramilitaires des RSF. 

Considérés comme un avatar des milices arabes Janjawids qui ont terrorisé le Darfour dans le conflit qui ravage cet province de l'ouest depuis 2003, les RSF sont accusées d'être responsables de la répression du sit-in le 3 juin. 

"Hemeidti" a nié toute responsabilité de ces forces, dénonçant une tentative de ternir leur image.

AFP

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