mis à jour le

RDC: en Ituri,

"Main noire", "planificateur", "tireurs de ficelles" : en Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo, aucun responsable provincial ne met sur le compte d'un simple conflit communautaire, tribal ou ethnique l'éruption des tueries qui ont fait au moins 160 morts et des dizaines de milliers de déplacés depuis le 10 juin.

Comme ceux de début 2018, ces massacres ravivent le souvenir du conflit de 1999-2003 entre deux communautés locales, les Lendu , en majorité agriculteurs, et les Hema, le plus souvent éleveurs et qui tiennent le commerce du chef-lieu Bunia, dans une province également convoitée pour son or et son pétrole le long du lac Albert.

Le conflit de 1999-2003, alimenté par des milices d'auto-défense des deux camps, avait fait des dizaines de milliers de morts jusqu'à l'intervention d'une force européenne Artémis sous commandement français.

Vingt ans plus tard, le scenario ne se répète pas à l'identique. Les violences dans le territoire de Djugu, au nord de Bunia, semblent viser principalement la communauté hema, qui grossit le flot des déplacés fuyant les tueries jusque vers le chef-lieu provincial.

"On a dépassé le chiffre de 160 personnes tuées entre le 10 et 12 juin", affirme le nouveau gouverneur de la province, Jean Bamanisa Saïdi.

"On a un grand nombre de personnes déplacées", ajoute-t-il, reprenant le chiffre de 300.000 avancés par le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) de l'ONU.

"Ce n'est pas un conflit inter-ethnique. Les Hema n'ont pas répondu", poursuit le gouverneur.

Les massacres seraient le fait de membres "égarés" de la communauté lendu regroupés dans une sorte de secte politico-militaro-religieuse, la Coopérative pour le développement du Congo (Codéco).

"La Codéco a fait croire aux Lendu qu'on leur a tout pris", glisse une source officielle.

"Ils se battent pour la libération de l'homme lendu du joug de l'homme hema, perçu comme un blocage à leur développement", analyse l'abbé Alfred Buju, de l'organisation Caritas.

Ce discours de la Codéco est un "non sens", s'insurge un représentant de la propre communauté lendu, Me Célestin Tawara Angaika : "Nous ne sommes pas sous la domination des Hema. Il y a des Lendu médecins ou avocat comme moi qui vous parle. Il y a des Lendu vice-gouverneur et président de l'Assemblée territoriale".

- 'Manipulés et instrumentalisés' -

"Les planificateurs veulent que la province s'embrasent coûte que coûte comme en 1999", poursuit Me Tawara Angaika, qui reprend à son compte la thèse d'une de "main noire" derrière les violences.

"Il y a des tireurs de ficelles derrière la Codéco", reprend l'abbé Alfred de Caritas. "Je me dis que nos frères de la Codéco sont manipulés et instrumentalisés", ajoute-t-il, en citant le nom de différentes compagnies pétrolières qui convoitent les réserves de l'Ituri.

"On ne peut pas parler d'un conflit inter-ethnique", affirme également un leader hema de retour d'exil après dix ans de prison, Yves Mandro Kahwa Panga.

"Je lance un appel aux gens de l'Ituri, à la communauté hema et alur (ndlr : une autre communauté visée) de ne pas tomber dans le piège de nos ennemis", a-t-il déclaré à une télévision locale à Kinshasa avant son retour à Bunia jeudi salué par un cortège de motos-taxis.

Dread-locks jusqu'au milieu du dos, le "chef" Yves Mandro Kahwa Panga, 46 ans, avait lui-même pris la tête d'un groupe d'auto-défense politico-militaire, le Pusic, dans la guerre entre Hema et Lendu entre 1999 et 2003.

Arrêté en 2005, condamné en 2006, notamment pour "crime contre l'humanité", le chef de guerre a été libéré en décembre 2014. "Il est parti en exil car il avait un problème sérieux avec l'ancien régime (de Joseph Kabila). Il n'était pas en sécurité ici", raconte son assistant politique, John Rutarwa.

L'ex-rebelle se montre désormais très légaliste envers le nouveau président Félix Tshisekedi : "Nous avons promis au chef de l'État et au nouveau gouverneur notre soutien total pour la paix et le développement en Ituri", avance son conseiller politique.

Ce discours ne fait pas l'unanimité au sein de sa propre communauté hema: "L'Etat congolais n'a pas été capable de nous protéger. Nous réclamons une enquête internationale sur ce qui se passe en Ituri depuis fin 2017", affirme un autre porte-parole hema, Victor Ngona.

Une conférence de paix est annoncée dans les mois qui viennent en Ituri. En attendant, le chef hema de retour d'exil a eu du mal à donner la parole à son homologue lendu lors d'un meeting jeudi devant ses partisans.

"Ces jeunes ne voulaient pas que je prenne la parole. Cela ne m'a pas surpris. La population est émue par ce qui se passe à Djugu", tempère le représentant lendu, Me Célestin Tawara Angaika.

AFP

Ses derniers articles: Côte d'Ivoire: Guillaume Soro se déclare candidat  Dans la rue, les Algériens disent non  Les crises alimentaires risquent de se multiplier dans le monde, selon l'ONU et l'UE 

recherche

AFP

L'armée malienne

L'armée malienne

AFP

RDC: Tshisekedi entre recherche de "légitimité extérieure" et défis internes

RDC: Tshisekedi entre recherche de "légitimité extérieure" et défis internes

AFP

Au Zimbabwe, les miraculés du cyclone

Au Zimbabwe, les miraculés du cyclone