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Algérie: le chef de l'armée met en garde contre une destruction des fondements de l'Etat

Toute transition hors du cadre constitutionnel, telle que réclamée par le mouvement de contestation en Algérie, conduira à "la destruction des fondements de l'Etat", a averti mardi le chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah.

De fait véritable homme fort du pays depuis la démission du président Abdelaziz Bouteflika le 2 avril, le général Gaïd Salah a qualifié d'"ennemis de l'Algérie" ceux "qui vouent rancune et animosité envers l'armée (...) et son commandement", revenu au centre du jeu politique.

Le général Gaïd Salah est critiqué pour son rejet des revendications de la contestation qui réclame notamment la mise en place d'institutions ad hoc, chargées de réformer l'Algérie, d'élaborer un nouvelle Constitution puis d'organiser une présidentielle.

Le mouvement de contestation populaire, qui agite l'Algérie depuis le 22 février, continue de réclamer semaine après semaine le départ du pouvoir des anciens fidèles de M. Bouteflika encore aux commandes, en tête desquels le président par intérim Abdelkader Bensalah et le général Gaïd Salah, soutien indéfectible durant 15 ans de l'ancien chef de l'Etat.

Ceux qui "tentent sciemment d'outrepasser, voire geler, l'application des dispositions de la Constitution, réalisent-ils que cela signifie la suppression de toutes les institutions de l'Etat et s'engouffrer dans un tunnel obscur dénommé le vide constitutionnel?", a interrogé mardi le général Gaïd Salah.

Le vide constitutionnel, c'est "la destruction des fondements de l'Etat national algérien et penser à construire un autre Etat avec d'autres standards, d'autres idées et d'autres projets idéologiques, auxquels seront consacrés des débats sans fin", a-t-il déclaré, dans un 2e discours en deux jours, à l'occasion d'un déplacement à Béchar (ouest), selon l'agence officielle APS.

- "Traîtres" -

Samedi, une centaine d'associations et syndicats avaient appelé à une période de "transition de six mois à un an", pilotée par une ou des personnalités consensuelles, chargées d'organiser l'élection d'un successeur à Abdelaziz Bouteflika, poussé à la démission après 20 ans au pouvoir.

Une revendication rejetée par le général Gaïd Salah lundi qui a rappelé "l'attachement résolu" de l'armée algérienne "aux solutions légales et constitutionnelles pour résoudre la crise que traverse l'Algérie".

Si le haut commandant militaire refuse énergiquement toute sortie du "cadre constitutionnel" et met en garde régulièrement contre les dangers du "vide constitutionnel", les termes employés mardi semblent plus fermes et dramatiques qu'à l'accoutumée.

Le général Gaïd Salah multiplie par ailleurs les déclarations publiques, ce qui contraste avec le quasi-mutisme des autorités légitimes, le président par intérim Abdelkader Bensalah et le Premier ministre Noureddine Bedoui.

L'annulation, faute de candidats, de la présidentielle du 4 juillet, que rejetait la contestation, place le pouvoir dans une situation délicate, la Constitution prévoyant que M. Bensalah rende le pouvoir à un président élu d'ici le 9 juillet, un délai trop court pour organiser un nouveau scrutin.

"Il est impensable de procéder au nom du peuple, à la destruction de la réalisation du peuple algérien, qui est (...) la Constitution", a affirmé le général Gaïd Salah, estimant que les principes qu'elle contient "n'ont nul besoin de quelque forme que ce soit de révision ou de changement".

M. Bensalah et le général Gaïd Salah continuent d'appeler à un "dialogue" en vue de l'organisation rapide d'une présidentielle.

Mais la contestation refuse que des personnalités liées à la présidence Bouteflika organisent le scrutin et nie au général Gaïd Salah toute légitimité politique.

"Armée et peuples sont frères mais Gaïd Salah est avec les traîtres", ont scandé des centaines d'étudiants réunis à Alger comme chaque mardi depuis des semaines, a constaté un journaliste de l'AFP.

Avant le discours du chef d'état-major de l'armée, plusieurs partis d'opposition et la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH) ont appelé à "élaborer une solution politique ambitieuse, raisonnable et réalisable", visant à "changer radicalement le système, en vue de propulser le pays d'un ordre constitutionnel obsolète vers un ordre démocratique". 

"La transition démocratique n'est pas un choix. Elle est de l'ordre de la nécessité", estiment, entre autres, le Front des forces socialistes (FFS, plus ancien parti d'opposition), le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) ou le Parti des Travailleurs (PT).

"Le pouvoir en place persévère obstinément dans le déni de la réalité et a fait le choix du pourrissement et la manipulation", dénoncent-ils.

AFP

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