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Soudan: Khartoum toujours au ralenti au 3e jour de désobéissance civile

Les commerces sont restés fermés mardi à Khartoum, et les rues quasi désertes, au troisième jour d'un mouvement de désobéissance civile lancé par la contestation soudanaise pour tenter de résister aux militaires au pouvoir malgré la répression meurtrière.

Les meneurs de la contestation ont accentué la pression sur le Conseil militaire de transition en annonçant qu'ils publieraient prochainement la composition de leur propre instance dirigeante, la principale pierre d'achoppement dans leurs négociations avec les généraux.

Depuis la destitution du président Omar el-Béchir par l'armée le 11 avril, chaque partie refuse de céder la direction de la transition à l'autre, et le bras de fer a pris une tournure sanglante sanglante depuis la violente dispersion du sit-in de Khartoum le 3 juin.

Le secrétaire d'Etat américain adjoint chargé de l'Afrique, Tibor Nagy, doit se rendre dans les prochains jours au Soudan pour exhorter le pouvoir militaire et les représentants de la contestation à reprendre le dialogue.

Le Département d'Etat a précisé lundi que l'émissaire appellerait "à la fin des attaques contre les civils", après la répression de la semaine dernière, qui a débuté par la dispersion du sit-in devant le siège de l'armée.

Selon un comité de médecins proche de la contestation, 118 personnes sont mortes et plus de 500 blessés depuis cette date, la majorité dans la dispersion du sit-in. Les autorités estiment à 61 le nombre de morts, dont 49 par des "tirs à balles réelles" à Khartoum.

- Patrouilles de RSF -

Mardi, des véhicules équipés de mitrailleuses des Forces de soutien rapide (RSF) --des paramilitaires accusés par la contestation d'être à l'origine de la dispersion du campement devant le QG de l'armée et de la répression qui a suivi-- ont continué de patrouiller dans plusieurs quartiers de la capitale.

Des autobus des transports publics étaient visibles --avec des passagers à leur bord-- dans certains secteurs mais les principaux quartiers d'affaires de Khartoum étaient atones et la circulation réduite, selon un correspondant de l'AFP.

Globalement, moins de personnes que d'ordinaire étaient visibles dans les rues de la ville.

"Durant les trois derniers jours, nous avons perdu beaucoup d'argent", a déploré Ibrahim Omar, qui travaille pour un tour-opérateur.

Les agences de voyage ont été particulièrement touchées à cause des coupures quasi totales d'internet lundi.

"Nous ne pouvons rien faire, nous n'avons aucune réservation de vol. J'espère que cela va s'arrêter", a-t-il ajouté.

Lundi, le pays a été presque totalement coupé du monde, avant le rétablissement dans la nuit des lignes de connexion internet de Sudatel, le principal fournisseur d'accès au Soudan.

En réaction au lancement du mouvement de désobéissance civile, l'armée avait promis la veille un "renforcement de la sécurité", en accusant la contestation des "récents et malheureux incidents" et de "l'obstruction des routes".

- Perte de "légitimité" -

Au sein de la contestation, qui était parvenue à paralyser en partie le pays en décrétant une grève générale de deux jours fin mai, certains se sont félicités d'une réussite de la désobéissance civile.

"Cela montre clairement ce que nous pouvons faire, et de manière pacifique", a estimé Ishraga Mohamed, une sympathisante.

"Une telle action ne fait pas mort d'homme et, en même temps, elle maintient la pression sur le Conseil militaire", a-t-elle expliqué à l'AFP, promettant que cette action allait se poursuivre.

Dans un autre acte de défiance, l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, révèlera prochainement son propre Conseil souverain, avec un Premier ministre, a indiqué lundi soir l'Association des professionnels soudanais (SPA), un membre de l'ALC.

D'après cette alliance, le mouvement de désobéissance civile "montre clairement que le peuple soudanais rejettent le Conseil militaire et ses milices et qu'ils ont perdu leur légitimité".

Née en décembre d'une colère contre le triplement du prix du pain, la contestation a rapidement pris une tournure politique.

Après la destitution du président Omar el-Béchir par les militaires le 11 avril, les milliers de protestataires rassemblés depuis plusieurs jours devant le siège de l'armée ont refusé de lever le camp, réclamant un transfert immédiat du pouvoir aux civils, jusqu'à la violente dispersion du 3 juin.

AFP

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