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Au Bénin, un camp d'entraînement intensif

Machettes à la main et chapeau de paille traditionnel pour se protéger du soleil sur la tête, les participants à "l'AgroBootCamp" de Tori-Bossito, commune rurale du Bénin, défrichent des parcelles de maïs, niébé (haricot) et sorgho.

"Il faut faucher à la base", conseille Oluwafèmi Kochoni, qui dirige l'atelier. "Ensuite, laissez les plants sur place, on va les enfouir. Ils vont se décomposer et fertiliser le sol".

C'est un conseil pour les débutants, mais ce programme, mis en place par l'ONG bénino-nigérienne "Les Jardins de l'Espoir" a pour but d'apprendre les techniques agricoles élémentaires et ancestrales à ceux qui les auraient oubliées, ou à ceux qui veulent retourner à la terre.

Au Bénin, petit pays d'Afrique de l'Ouest limitrophe du géant pétrolier nigérian, 80% des 11 millions d'habitants dépendent de l'agriculture, selon le Programme Alimentaire Mondial (PAM).

La grande majorité toutefois sont des fermiers de subsistance, cultivant de petites parcelles de terre et ne disposant pas d'infrastructures ou de moyens pour contrer les aléas climatiques ou les mauvaises récoltes. 

Mais cet "agro-bootcamp", dont le nom a été emprunté aux entraînements intensifs de l'armée américaine, vise un public bien différent. 

La troisième édition de ce camp de formation à l'agro-écologie et à l'entrepreneuriat vert veut encourager l'autosuffisance alimentaire sur le continent africain, sur lequel il reste les 2/3 de terres arables dans le monde, et qui pourtant importe sa nourriture à hauteur de 64,5 milliards de dollars chaque année, selon les chiffres de la Banque Africaine de Développement. 

Pour 27.000 Francs CFA (environ 40 euros), pendant une semaine, chaque jour de 6h à 22h, les 25 participants dorment sous tente, apprennent différentes techniques agricoles, suivent des cours de marketing et rencontrent des agro-entrepreneurs qui ont réussi. 

- Un mode de vie -

"Notre conviction, c'est que pour résoudre le problème de l'emploi dans nos pays, les jeunes doivent créer leurs entreprises avec une conscience écologique et climatique, explique Tanguy Gnikobou, le coordinateur.

Sur les 85 participants qui ont suivi les deux derniers "entrainements", dix ont déjà démarré de nouvelles activités, fermes ou entreprises agricoles, et huit autres ont accéléré leur production sur leurs terres, selon les organisateurs de l'AgroBootCamp.

Africains ou Européens, les 25 participants de la session la plus récente sont de huit nationalités différentes (en majorité des hommes) mais partagent la même vision d'une agriculture écologique source de développement. 

"Au départ, l'agriculture bio était une alternative à l'agriculture conventionnelle. Puis, c'est devenu un mode de vie et une philosophie", affirme le président des Jardins de l'Espoir. 

Sur trois hectares mis à disposition pour la semaine par une famille en échange de paniers de légumes, tout a été construit en branches de palmier et de teck : une cuisine avec foyer amélioré, des toilettes sèches, mais aussi un bassin de pisciculture et une champignonnière. 

Cheikh Amadou Bass, 36 ans, est arrivé de Nouakchott en Mauritanie. Ce fonctionnaire dont les parents sont paysans possède une ferme de 8 hectares dans son village natal. Il aimerait montrer à ses jeunes compatriotes qu'au lieu de traverser la mer, il y a des opportunités dans la terre. 

"J'ai eu une grande révélation ici", raconte-t-il près de sa tente couverte du drapeau mauritanien. "Avec la nature, on a tout à portée de main. Je ne vais plus dépenser en engrais mais utiliser le fumier de nos ruminants pour mes cultures. C'est rentable". 

- Produire durablement -

Rachidi Idrissou, étudiant béninois en cinquième année d'agronomie, veut faire du maraîchage sur son terrain.

Pelle en main, il partage son expérience: "Les conseils que reçoivent d'habitude les agriculteurs sont basés sur l'utilisation d'intrants chimiques. On pense aux rendements rapides et pas à produire durablement pour préserver nos terres."

Des sessions de l'AgroBootCamp sont prévues dans le nord du Bénin, puis au Tchad et en Côte d'Ivoire d'ici la fin de l'année.

Cela traduit-il un retour à la terre pour cette jeunesse ? 

Doryan Kuschner a eu le temps d'y réfléchir. Seul Français du camp, cet architecte de 25 ans est actuellement en mission au Bénin et a pris une semaine de congés pour venir à Tori-Bossito. "Ce n'est pas un retour mais une continuité car les jeunes ici ne sont pas coupés de l'agriculture." 

Il ajoute: "L'Afrique a une chance incroyable, elle n'a pas dépassé un point de non-retour comme nous Occidentaux. Ceux qui sont là ne veulent pas réparer les dégâts, ils veulent faire mieux que leurs aînés."

AFP

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