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Un mois après l'éviction de Béchir, le Soudan loin d'un pouvoir civil

Un mois après l'éviction du président soudanais Omar el-Béchir, les chefs de l'armée ne montrent aucune disposition à transférer le pouvoir à une administration civile et les tractations avec les représentants de la contestation populaire sont dans l'impasse.

Malgré des températures dépassant les 40 degrés et le début du jeune du ramadan, des milliers de manifestants continuent de camper devant le QG de l'armée à Khartoum, déterminés à obtenir un régime civil.

Ils veulent forcer les généraux du Conseil militaire de transition à se retirer comme l'a fait l'ancien président il y a exactement un mois, après près de 30 ans au pouvoir.

"Soit nous obtenons le pouvoir civil que nous voulons, soit nous resterons ici pour toujours", déclare Iman Hussein, un habitué du sit-in qui se maintient depuis le 6 avril devant le siège de l'armée.

Après près de quatre mois de protestations dans le pays déclenchées par la hausse du prix du pain dans un contexte de crise économique et de pénuries, les manifestants avaient d'abord convergé vers ce complexe pour demander l'aide des généraux afin de mettre fin au régime d'Omar el-Béchir.

Le 11 avril, l'armée a contraint l'ancien chef de l'Etat à remettre le pouvoir.

Mais depuis, les chefs militaires qui ont pris les rênes du pays rechignent à les transférer à une autorité civile, tout en assurant qu'ils n'utiliseront pas la force pour disperser le sit-in.

Les concessions faites aux manifestants n'ont pas entamé la détermination de ces derniers. 

Omar el-Béchir a été arrêté et est détenu à la prison Kober comme d'autres responsables de son régime. La justice a également promis de poursuivre les responsables de la mort de personnes dans les manifestations qui ont commencé le 19 décembre.

- Bras de fer -

Entre-temps, les tractations sur un transfert du pouvoir aux civils pour une période de quatre ans, voulue par les manifestants, trainent.

Les deux parties divergent sur la composition de l'organe qui remplacerait le Conseil militaire de dix membres. Doit-il être dominé par les militaires comme le veulent les généraux ou par les civils comme l'exigent les manifestants?

"Ils nous mettent la pression en jouant avec le temps, mais nous leur mettons la pression en maintenant notre présence ici", remarque Iman Hussein.

"L'un de nous doit l'emporter et à la fin et ce sera nous", ajoute-t-il avec assurance.

Le mois dernier, l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC) qui dirige le mouvement de protestation, a remis aux généraux ses propositions pour l'autorité civile qu'elle appelle de ses voeux.

Les généraux ont répondu en exprimant "beaucoup de réserves", reprochant notamment à l'ALC d'avoir omis de mentionner que la Charia (loi islamique) doit demeurer la source de la législation.

L'ALC a riposté en accusant les militaires de "vouloir prendre en otage la révolution".

Khaled Omar Youssef, l'un des leaders de manifestants, a agité mercredi la menace d'un mouvement de désobéissance civile face à ce qu'il considère comme les atermoiement des généraux.

Ces derniers subissent aussi des pressions de la part des États-Unis et de l'Union africaine pour procéder à un transfert en douceur du pouvoir.

- Pression américaine -

Mercredi, le numéro deux du département d'Etat américain, John Sullivan, s'est entretenu au téléphone avec le général Abdel Fattah al-Burhane, chef du Conseil militaire de transition.

Il a lui demandé "d'aller rapidement vers un gouvernement intérimaire dirigé par des civils" et de trouver un accord avec les meneurs de la contestation réunis au sein de l'ALC.

Face à ces pression, les généraux peuvent compter sur soutien de puissances arabes régionales comme l'Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis et l'Egypte.

Ryad et Abou Dhabi ont annoncé une aide de trois milliards de dollars (2,7 milliards d'euros) au Soudan où la crise économique a provoqué le raz-de-marée qui a emporté M. Béchir.

Certains restent toutefois optimistes.

Les militaires transfèreront le pouvoir si les meneurs de la contestation leur présentent "une forme de gouvernement civil crédible et viable" sur le long terme, a ainsi estimé Sadek al-Mahdi, chef du principal parti d'opposition.

"Parce qu'ils savent que s'ils se contentent d'une dictature militaire, ils seront dans la même situation que Béchir", a-t-il ajouté dans un entretien avec l'AFP début mai.

C'est le gouvernement élu de M. Mahdi que l'ancien président avait renversé lors d'un coup d'État soutenu par les islamistes en 1989.

AFP

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