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A la frontière franco-surinamaise, tensions autour de l'orpaillage

Main sur son fusil à pompe en bandoulière, l'homme patibulaire protège des baraquements sur pilotis, sur un petit îlot surinamais du fleuve Maroni, à la frontière avec la commune guyanaise de Grand-Santi. Depuis quelques semaines, la tension est palpable après une série d'opérations françaises contre l'orpaillage illégal.

Le Maroni, dorsale des activités d'orpaillage légales et illégales, est au c½ur d'un conflit de démarcation, incertaine, entre Guyane et Suriname, dans une zone au coeur de la forêt amazonienne, à plusieurs heures de pirogue et une heure d'avion de Cayenne.

Cette incertitude frontalière a engendré un couac diplomatique début mars après la destruction d'un camp d'orpailleurs par des militaires français qui pensaient attraper des trafiquants en activité illégale sur le sol français. L'ambassadeur français au Suriname assure que l'opération s'est déroulée côté français. Une source au sein des forces armées de Guyane (FAG) a expliqué à l'AFP que les militaires étaient "côté surinamais, mais les GPS de tout le monde sur place indiquaient qu'on était côté français".

Après cet incident, France et Suriname ont annoncé "la suspension" de la lutte armée "conjointe franco-surinamaise" contre le trafic d'or sur cette portion du Maroni, objet d'une "grande incertitude" quant à la frontière" selon la préfecture de Guyane.

A Kapassi Tabiki, îlot surinamais situé à vingt minutes en pirogue à moteur du camp d'orpailleurs détruit, l'homme au fusil à pompe protège des hangars de bois et tôles, situés au carrefour des villages et du trafic. On y trouve de tout: de quoi ravitailler les sites aurifères, du carburant, des prostituées, des boissons fraîches qu'achètent les villageois alentours.

"Désormais les patrouilles guyanaises choppent n'importe qui se trouve côté français du fleuve, mais avant ce n'était pas comme ça", affirme celui qui semble être l'un des patrons de ces baraquements mais refuse de décliner son identité.

De nationalité surinamaise et s'exprimant parfaitement en brésilien, langue très parlée dans le milieu de l'or, l'homme de taille moyenne mais au corps athlétique affirme qu'"on n'a pas le choix. Quand le niveau du fleuve baisse, il n'y a qu'un chenal et parfois on est obligé de passer côté français".

-Rumeur d'agressions-

"Il y a de la colère contre les militaires. A force, les gens vont chercher un moyen de se défendre", ajoute ce patron de bar qui il y a "quinze ans" s'était vu "saisir et incendier son matériel" par les patrouilles françaises, alors qu'il pillait l'or sur un affluent du Maroni, côté français.

Dans cette zone, les bloc rocheux saillants, les rapides bouillonnants et les camps d'orpailleurs parfois rudimentaires se succèdent. Les ouvriers cherchent l'or à l'aide de barges flottantes, munies de pompes aspirantes. Cette activité est interdite en France mais autorisée sur la partie surinamaise du fleuve, où l'eau est devenue par endroits trouble et grasse à cause du puissant travail de sape des pompes.

En face de Grand-Santi, on peut dénombrer une petite dizaine de barges d'orpaillage en une heure de déplacement en canot à moteur. 

Dans la commune de 8.700 habitants, une villageoise qui souhaite rester anonyme témoigne de la confusion générale : "Les bruits courent et disent que des vols et des agressions sont perpétrés dans la commune [par des trafiquants] pour se venger de la gendarmerie".

"Les petits villages n'ont rien à voir dans cette histoire. C'est avec la gendarmerie qu'on a des problèmes", balaie d'un revers de main le patron de bar de Kapassi Tabiki. 

Fin janvier, le maire de la commune, Paul Martin, y avait été victime d'une agression et d'un vol. L'élu et des membres de sa famille avait été ligotés par "plusieurs individus armés" et dépouillés. Le maire avait alors demandé des renforts de gendarmerie pour combattre une délinquance en hausse continue sur le fleuve.

Après des bilans 2016 et 2017 très mauvais de la lutte contre l'orpaillage illégal, 2018 a sonné la "remobilisation générale", avec "765 sites" détruits, "26 millions d'euros" de matériels confisqués , selon un bilan dressé en début d'année par la préfecture de Guyane.

AFP

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