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Cameroun: ces vies brisées par Boko Haram

"Ma vie a complètement changé": dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun, où les combattants de Boko Haram mènent des attaques depuis fin 2013, deux rescapées du groupe jihadiste nigérian racontent à l'AFP comment leur vie a été bouleversée.

A onze ans, Ina Viche a perdu ses deux parents après l'attaque de leur village par Boko Haram en 2016.

Comme elle, au Cameroun ou au Nigeria, beaucoup d'enfants sont devenus orphelins après les raids du groupe nigérian. Très souvent abandonnés à eux-mêmes, ils tentent péniblement de se reconstruire.

Aujourd'hui âgée de 14 ans, elle vit avec son petit frère dans la localité de Mozogo, plus loin de la frontière nigériane que ne l'était son village.

Ici, l'adolescente camerounaise multiplie les petits travaux dans les champs, pour subvenir à ses besoins ainsi qu'à ceux de son petit frère. Elle raconte à l'AFP:

"Mon petit frère et moi vivions avec nos parents jusqu'au jour où Boko Haram a attaqué notre village il y a trois ans. Mon père et ma mère ont été tués lors de cette attaque.

"Depuis, la vie est devenue difficile. Notre village n'existe plus, tous les habitants ont fui. Mon frère et moi nous sommes réfugiés à Nguetchewe. 

"Lorsque nos parents vivaient, nous allions à l'école. Depuis leur mort, ce n'est plus possible.

"La vie est devenue très compliquée. Nous essayons de travailler pour acheter une tasse de mil. Nous mangeons du couscous tous les jours. Nous ne disposons pas de moyens pour varier (notre alimentation).

"Je travaille comme ouvrière dans un champ d'oignons. Pour arriver au champ, je marche à pied durant une heure. Je laboure le champ. C'est très difficile.

"Je commence à 8h00 et j'arrête à 13h00. Je suis payé 600 FCFA (moins d'un euro) par jour. En fonction de mon état physique, je peux travailler 4 à 5 fois par semaine. 

"J'espère avoir un espace propre à moi pour vivre. Nous manquons de tout. En dehors de l'espace pour vivre, nous avons besoin de nourriture, de vêtements. Je rêve aussi d'avoir une parcelle de terre pour y mettre mes propres cultures".  

- Ancienne otage -

En août 2016, la région de l'Extrême-Nord comptait plus de 270.000 personnes déplacées, dont plus de 56% étaient des enfants comme Ina, selon l'ONU. 

D'autres Camerounais ont été enlevés par les combattants de Boko Haram lors des attaques. Depuis plusieurs années, des opérations militaires en territoire nigérian de l'armée camerounaise permettent la libération de certains d'entre eux.

C'est grâce à une de ces opérations que Bourtaye Bigué, une Camerounaise de 36 ans, a réussi à s'échapper avec ses enfants.

Installée à Zamaï, une localité de la région qui accueille aussi de nombreux autres ex-otages, cette chrétienne raconte à l'AFP comment le groupe a essayé de la convertir contre son gré:

"Il y a 4 ans, mon mari, moi, ma co-épouse et nos huit enfants avons été kidnappés par Boko Haram lors d'une attaque de notre village situé dans le Mayo Moskota dans l'Extrême-Nord du Cameroun. Nous avons été conduits à Chenene (au Nigeria).

"Durant notre captivité, les femmes ne pouvaient pas sortir chercher le bois, de l'eau ou se rendre au champs.

"Je suis chrétienne, mais j'ai été contrainte de porter le voile. C'était la règle pour toutes les femmes. Ils m'ont aussi obligé à lire le Coran. 

"Je me connaissais rien du Coran. Il y a des personnes de Boko Haram qui nous apprenaient à le lire.

"C'est une expérience traumatisante. C'est violent d'imposer à une personne une religion qui n'est pas la sienne. L'apprentissage m'énervait mais je n'y pouvais rien.

"Mon coeur ne voulait pas, mais je ne pouvais pas risquer ma vie. A la moindre erreur, comme mal porter son voile par exemple, tu étais maltraitée.

"Nous avons été libérés il y a un an à la suite d'une opération de l'armée. J'ai appris que mon mari est parti du côté du Nigeria, mais je ne sais pas où il se trouve actuellement.

"Je suis venue ici (à Zamaï, où un camp a été créé pour accueillir de nombreux déplacés, d'ex-otages pour la plupart) avec les enfants.

"Ma vie de maintenant est meilleure que celle d'ex-otage, mais elle ne peut pas être comme celle d'avant mon kidnapping. Personne ne m'aide, et la nourriture manque".

AFP

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