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Mouvements de troupes et nouveau risque d'embrasement en Libye

La crainte d'un embrasement militaire a ressurgi en Libye avec le mouvement vers l'ouest du pays de troupes loyales au maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l'est libyen, la communauté internationale exprimant jeudi sa vive préoccupation.

Deux autorités se disputent depuis des années le pouvoir dans ce pays en proie au chaos: à l'ouest, le Gouvernement d'union nationale (GNA) dirigé par Fayez al-Sarraj, établi fin 2015 par un accord parrainé par l'ONU et basé à Tripoli. A l'est, une autorité rivale contrôlée par l'Armée nationale libyenne (ANL), autoproclamée par le maréchal Khalifa Haftar.

Mercredi soir, l'ANL du maréchal Haftar a annoncé qu'elle préparait une offensive pour "purger l'ouest" de la Libye, dont la capitale Tripoli, "des terroristes et des mercenaires", sans identifier davantage leurs cibles.

Dès le lendemain, des puissants groupes armés de la ville de Misrata (ouest) loyaux au GNA ont réagi en se disant "prêts (...) à stopper l'avancée maudite" des pro-Haftar.

Dans un communiqué, ils ont demandé au chef du GNA, Fayez al-Sarraj, de donner ses "ordres sans délai" aux commandants des forces dans la région ouest "pour affronter ce rebelle".

Mercredi soir, M. Sarraj avait demandé aux forces pro-GNA de se tenir prêtes pour "faire face à toute menace".

- "Eviter une confrontation" -

Signe de la tension ravivée, le commandant des opérations militaires de l'ANL dans la région ouest, le général Abdessalem al-Hassi, a affirmé jeudi à l'AFP que leurs forces étaient entrées sans combattre dans Gharyan, ville située à 100 km au sud de Tripoli. Cette information a toutefois été démentie par au moins quatre sources locales contactées par l'AFP.

Jeudi à l'aube, une colonne de véhicules armés de l'ANL est arrivée au sud de Gharyan, où l'ANL avait toutefois déjà obtenu le ralliement d'un important groupe armé de la ville.

Affirmant que l'ANL avait pris position autour de la ville, en particulier dans la région de Jandouba, à 25 km au sud, un responsable de la ville a dit à l'AFP sous le couvert de l'anonymat que Gharyan était divisée entre pro et anti-Haftar.

"Des efforts sont en cours pour éviter une confrontation à l'intérieur même de la ville", a-t-il argué.

Outre l'est libyen, le maréchal Haftar contrôle déjà des pans du sud du pays, vaste région désertique et marginalisée aux confins de l'Algérie, du Niger, du Tchad et du Soudan.

En janvier, il y avait lancé une offensive pour "purger" cette zone "des groupes terroristes et criminels" et de groupes rebelles tchadiens.

Sebha, chef-lieu du sud, ainsi qu'un des plus importants champs pétroliers du pays, à al-Charara, sont passés sous son contrôle.

- Guterres sur place -

Cette montée des tensions a coïncidé jeudi avec la deuxième de la visite dans le pays du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.

M. Guterres dernier s'est dit "vivement préoccupé par le mouvement de troupes (...) et le risque de confrontation".

"J'appelle au calme et à la retenue alors que je me prépare à rencontrer les dirigeants libyens", a-t-il ajouté sur Twitter.

Il n'existe "pas de solution militaire", a-t-il réaffirmé. "Seul le dialogue interlibyen peut résoudre les problèmes libyens."

La délégation de l'Union européenne et les chefs des missions diplomatiques européennes ont également mis en garde contre l'"escalade". "Nous exhortons toutes les parties à désamorcer immédiatement les tensions", ont-ils ajouté dans un communiqué commun.

Washington, via son ambassade, a aussi "condamné avec force la hausse de la violence" et répété "l'appel de l'ONU à la retenue".

L'opération annoncée par l'ANL intervient à quelques jours de la tenue d'une Conférence nationale sous l'égide de l'ONU prévue mi-avril à Ghadamès (sud-ouest), appelée à dresser une "feuille de route", avec notamment la tenue d'élections afin de tenter de sortir le pays de l'impasse.

Aucun des efforts diplomatiques de l'année écoulée n'a permis de percée.

Selon Emad Badi, un analyste libyen, l'avancée des troupes du maréchal Haftar peut lui permettre de "valoriser sa position au niveau des négociations, si la conférence de Ghadamès se tient".

Mais l'analyste fait aussi état d'une "coordination accrue" entre les factions de l'ouest libyen, qui "considèrent tous que Haftar est une menace commune". "Il existe des signes qu'ils vont se mobiliser collectivement contre lui", dit-il.

"Le risque d'embrasement est accru par les man½uvres provocatrices (...) de Haftar", juge pour sa part Jalel Harchaoui, chercheur à l'Institut Clingendael de La Haye.

"Prendre Tripoli n'est assurément pas une tâche facile, mais cela reste une possibilité", avance-t-il. 

Selon M. Harchaoui, les milices de la capitale sont soutenues par les mêmes Etats arabes qui appuient Haftar. Une allusion aux Emirats arabes unis, à l'Egypte ainsi qu'à l'Arabie saoudite, où le maréchal a été reçu fin mars par le roi Salmane.

AFP

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