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Mali: la peur hante les survivants du village peul ensanglanté par l'immense tuerie

Amy, 11 ans, soulève son bras gauche pour montrer son flanc éraflé par une balle. La fillette a eu plus de chance que 160 habitants de ce village peul du centre du Mali, fauchés samedi à l'aube par les tirs et les machettes de présumés chasseurs dogons.

"Notre peur ici, c'est qu'ils reviennent encore pour tuer ceux qui ne sont pas morts. Nous avons vraiment peur", sanglote Amy, qui affirme avoir perdu plusieurs membres de sa famille au cours de l'attaque du village d'Ogossagou, dans la zone de Bankass (centre) près de la frontière avec le Burkina Faso. 

Des cadavres d'animaux jonchent le sol du village aux maisons incendiées, dégageant une odeur pestilentielle. Près d'un puits se dresse un amoncellement de sable.

C'est "une fosse commune" où sont enterrés les corps calcinés d'une quarantaine de victimes, disent des témoins. 

"Nous avons retiré quatre corps de ce puits, dont celui d'un enfant âgé de seulement 7 ans", explique un agent de santé. Sur le sol, les restes du maillot du Real de Madrid, déchiré, que portait le petit garçon.

Vers 05H00 du matin, "nous avons entendu des coups de feu", raconte Boubacar Touré, un éleveur. "Les assaillants sont directement allés chez le chef du village", Hamadou Belco Barry, qu'ils ont tué devant sa mère, exécutée à son tour.

Armés de fusils et grenades, les assaillants feront ensuite connaître le même sort aux autres membres de la famille, selon les habitants.

L'un d'entre eux, en larmes, désigne une demeure en torchi: "Les assaillants ont jeté des grenades alors qu'il y avait des hommes, des femmes, des enfants, dont un avait moins de trois ans".

Un des chasseurs présumés attendait à l'entrée de la maison et tuait systématiquement à l'arme blanche tous ceux qui tentaient de sortir, raconte-t-il.

- Enfants silencieux -

Dans une autre partie du village, des traces de fumée noire maculent les murs de plusieurs cases. C'est là qu'habitait le marabout Bara Sékou Issa, assassiné avec sa famille.

Un de ses parents, qui dit avoir échappé de justesse aux assaillants en tenue de chasseur traditionnel est entouré d'enfants en haillons, muets. L'un d'eux, turban de couleur ocre sur la tête, a perdu son père et sa mère.

"Ces enfants que vous voyez là sont traumatisés. Ici, il n'y a aucune structure pour les prendre en charge", confie à l'AFP un élu souhaitant rester anonyme. Il montre un garçon de 12 ans, qui, selon des habitants, ne parle plus depuis l'attaque.

Les assaillants ont mis le feu à des greniers contenant des denrées alimentaires. Une femme, Awa, qui dit avoir perdu sa fille et son époux, tend la main pour recevoir des victuailles et des sachets d'eau distribués par des organisations humanitaires.

Lors d'une visite sur les lieux lundi, le président Ibrahim Boubacar Keïta a promis aux rescapés d'assurer leur sécurité et de leur rendre justice. Peu après, les autorités annonçaient l'arrestation d'un "assaillant blessé".

"Les assaillants, tout le monde les connaît, mais personne ne veut dire la vérité", affirme un porte-parole des villageois, Ahmadou Barry.

L'association de chasseurs dogons Dan Nan Ambassagou, accusée 0par les habitants et dont le gouvernement a prononcé dimanche la dissolution, a démenti toute implication dans la tuerie.

Le Bureau des droits de l'homme de l'ONU a annoncé mardi l'envoi dans la région d'une équipe de 13 enquêteurs, dont des experts des scènes de crime.

La procureure de la Cour pénale internationale" (CPI), Fatou Bensouda s'est pour sa part engagée lundi à tout faire pour que "ceux qui ont participé ou contribué de toute autre manière à ce qui semble être des crimes abominables susceptibles de relever de la compétence de la Cour" répondent de leurs actes.

AFP

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