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Les chefs militaires français et britannique main dans la main au Mali et au Nigeria

Au coeur du Sahel, l'Union Jack flotte ce matin au côté du drapeau bleu-blanc-rouge: loin des tumultes du Brexit, les chefs d'état-major français et britannique sont venus ensemble au Mali pour afficher leur vision stratégique commune face aux défis en Afrique de l'Ouest.

"Nous restons les nations combattantes en Europe", lance en français le général Nicholas Carter, devant une centaine de soldats britanniques, déployés à Gao, la principale ville du nord du Mali, avec trois hélicoptères lourds Chinook pour prêter main forte à l'opération antijihadiste française Barkhane.

"En Europe, c'est avec la France que nous avons la relation bilatérale la plus étroite", assure à l'AFP le chef d'état-major britannique, qui accompagne son homologue français, le général François Lecointre, pour une tournée ouest-africaine en passe de s'achever ce vendredi au Nigeria.

Les accords de Lancaster House, en 2010, ont renforcé la coopération entre Paris et Londres dans la défense. Depuis le vote sur le Brexit, les deux pays répètent leur attachement aux liens militaires franco-britanniques, assurant qu'ils ne seraient pas affectés par la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne.

Depuis juillet 2018, les Chinook britanniques fournissent une aide précieuse aux troupes françaises sur l'immense théâtre sahélien: en un peu plus de sept mois, ces appareils à deux rotors ont volé plus de 750 heures, pour transporter quelque 4.200 personnels français et 252 tonnes de fret.

"Ici, très concrètement, on sent une solidarité européenne. La présence avec moi aujourd'hui du chef d'état-major britannique Nicholas Carter est évidemment très symbolique", fait valoir le général Lecointre, avant de s'envoler avec lui à bord d'un Chinook sur la petite base avancée française de Menaka, près de la frontière du Niger.

"Maintenant, la difficulté est de continuer à entretenir cette flamme et de continuer à faire prendre aux Européens la mesure de notre responsabilité partagée dans l'ensemble du Sahel", reconnaît-il.

- 'Problème urgent' au Nigeria -

La France a demandé aux Britanniques de laisser leurs hélicoptères au Mali au-delà de la fin prévue de leur déploiement, en décembre. Mais cette prolongation paraît compromise, dans un contexte politique pollué par le Brexit outre-Manche.

Appelé à la rescousse, le Danemark a annoncé son intention d'envoyer deux hélicoptères de transport à Barkhane fin 2019. Une décision qui reste soumise à un feu vert parlementaire.

"Les Britanniques sont en pleine convulsion. Ce n'est pas un moment propice à la planification sereine à long terme", même si les vues des états-majors concordent, commente une source gouvernementale française.

"Les militaires peuvent avoir une vision des choses, de ce point de vue-là nous sommes parfaitement en phase avec le général Carter. Mais je ne me prononcerai certainement pas pour le gouvernement britannique", commente prudemment le général Lecointre.

"A mon retour, je ne manquerai pas de souligner à nos politiques l'importance de ces capacités et tout ce qu'elles peuvent accomplir en soutien de la mission" de Barkhane, promet son homologue britannique. Mais "nous sommes dans un cycle politique assez complexe", peu propice à des décisions d'engagement militaire, admet-il.

Londres pourrait choisir de porter ses efforts sur la région du lac Tchad, gangrenée par le groupe jihadiste nigérian Boko Haram, où la dégradation sécuritaire inquiète de concert les états-majors français et britannique.

Dans cette zone, "il faut que nous arrivions à surmonter des difficultés considérables en aidant nos partenaires", explique le général Lecointre. "Parmi ces partenaires figure le Nigeria, historiquement proche de la Grande-Bretagne", souligne-t-il. Là comme pour le Sahel, "il faut que nous arrivions ensemble à imaginer quelles pourraient être à l'avenir les contributions militaires croisées", juge le chef d'état-major français.

"Il y a un problème urgent dans le nord-est, où les Nigérians ont clairement besoin de soutien, dont la forme reste à déterminer", abonde le général Carter. "Et il y a un problème plus chronique: la nécessité de construire les capacités sécuritaires du Nigeria. C'est une mission de longue haleine, qui ne sera pas accomplie du jour au lendemain".

"En Afrique subsaharienne, la population va doubler d'ici 2050", rappelle-t-il. "Donc, si on n'essaie pas de stabiliser l'Afrique, nous allons nous créer des problèmes pour l'avenir. Nous devons reconnaître que c'est un défi générationnel".

AFP

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