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Au Zimbabwe, des soupçons de justice expéditive contre les frondeurs

Depuis une semaine, les tribunaux du Zimbabwe tournent à plein régime. Chaque jour, ils expédient en prison par dizaines participants et organisateurs présumés des récentes émeutes, au mépris, accusent leurs avocats, de toutes les procédures.

Dans tout le pays, la répression ordonnée par les autorités après la grève générale lancée le 14 janvier contre la hausse des prix des carburants a été féroce.

Une dizaine de morts par balle, des tortures, des passages à tabac en règle, dénoncent les ONG. Plus d'un millier de personnes ont été arrêtées, selon la police.

Nombre de manifestants, opposants politiques notoires ou simples quidams sont poursuivis pour "incitation à la violence" ou "subversion". Ils sont prestement déférés devant un juge qui, hormis les mineurs, les place en détention jusqu'à leur procès, parfois sans même qu'ils aient pu voir un avocat.

Devant la 17e chambre du tribunal de la capitale Harare, Paidamoyo Saurombe attend sa prochaine charrette de clients. Sans se faire la moindre illusion.

"Les dossiers sont examinés à toute vitesse", dénonce l'avocat. "On ne vous donne aucun document et soudain on vous annonce que le procès de votre client a lieu aujourd'hui, dès que vous vous présentez au tribunal."

Ses onze clients ont jusque-là tous subi le même sort. Leur demande de remise en liberté sous caution a été rejetée, quelles que soient les charges qui pèsent sur eux.

"C'est très inquiétant", estime Paidamoyo Saurombe, "c'est comme si les juges avaient reçu des instructions".

- 'Etat de droit' -

Le tribunal, dénonce-t-il, n'a pas hésité à changer pendant la nuit l'inculpation de "trouble à l'ordre public" d'un de ses clients en "incendie volontaire", sur la seule foi d'une condamnation prononcée dans une autre affaire... 

"On aurait pu croire que la justice était le dernier rempart de la démocratie", soupire Me Saurombe, membre de l'ONG Avocats du Zimbabwe pour les droits de l'homme, "on se rend compte ces derniers jours que ce n'est pas le cas".

Sa consoeur Beatrice Mtetwa ne décolère pas non plus contre l'institution judiciaire, coupable selon elle d'atteintes caractérisées aux droits de la défense.

"Il ne fait aucun doute qu'il s'agit là d'une volonté délibérée", fulmine-t-elle. "A quoi cela sert-il d'avoir une Constitution si les droits de la population sont méprisés sans même qu'ils prennent la peine de déclarer l'état d'urgence ?"

L'avocate du pasteur contestataire Evan Mawarire, arrêté la semaine dernière, affirme que des magistrats fidèles au gouvernement ou dociles ont été affectés spécialement pour s'occuper des dossiers liés à la fronde.

"Il est clair que quelqu'un manipule le système", dénonce-t-elle, "quelqu'un, quelque part essaie de contourner l'Etat de droit".

"Le plus perturbant, c'est cette connivence entre la police, le parquet et les juges", renchérit Alec Muchadehama, qui défend le chef du syndicat à l'origine de la grève générale, Japhet Moyo. 

- 'La même chanson' -

"Ce qu'affirme la police est parfaitement identique à ce que dit le parquet et ensuite approuvé sans réserve par le tribunal", poursuit-il, "ils chantent tous la même chanson".

Des avocats défendent jusqu'à 60 prévenus, insiste Me Muchadehama, et ne peuvent préparer leur défense.

"Certains n'ont que quelques minutes pour lire le dossier avant de plaider", lance-t-il avant de s'engouffrer dans la salle d'audience.

L'ONG de défense des droits fondamentaux Kubatana a elle aussi pointé du doigt ces tribunaux qui "marchent au même pas" pour rejeter les demandes de mise en liberté et appliquer les mêmes "mandats de dépôt".

"Les tribunaux ne semblent pas agir en toute indépendance", dit dans un euphémisme Derek Matyszak, de l'Institut pour les études de sécurité (ISS) de Pretoria (Afrique du Sud), "ils détournent la procédure dans le but de faire taire la contestation".

Sollicité à plusieurs reprises, le ministère de la Justice n'a pas répondu aux demandes d'entretien de l'AFP.

Mais ces derniers jours, le régime du président Emmerson Mnangagwa n'a pas caché sa volonté de ramener coûte que coûte l'ordre dans le pays.

"La pagaille que nous avons connue la semaine dernière ne se reproduira plus", a averti le porte-parole du chef de l'Etat, George Charamba. "Si vous décidez de vous affranchir de la loi, il faut que vous sachiez que la loi ne vous ratera pas et il ne faudra pas ensuite venir pleurer."

Hasard du calendrier judiciaire, Emmerson Mnangawa a installé mercredi le nouveau procureur général du pays, Kumbirai Hodzi. La situation est "sous contrôle", a résumé le magistrat.

AFP

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