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Au Caire, Pompeo veut prouver que l'Amérique de Trump est "revigorée" au Moyen-Orient

Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo doit tenter jeudi dans un discours au Caire de prouver que Washington, "revigorée" au Moyen-Orient, suit une stratégie cohérente malgré des décisions déstabilisantes de Donald Trump pour ses alliés régionaux.

Pour cela, il compte s'appuyer sur les plus proches partenaires de Washington: après la Jordanie et l'Irak, il se trouve donc en Egypte, où il a rencontré jeudi matin le président Abdel Fattah al-Sissi.

Malgré les critiques des défenseurs des droits de l'Homme, M. Sissi est présenté par le département d'Etat américain comme "un partenaire solide dans la lutte contre le terrorisme et une voix courageuse dans la dénonciation de l'idéologie islamiste radicale qui l'alimente".

Le titre du discours que le secrétaire d'Etat doit prononcer dans l'après-midi à l'Université américaine dans la capitale égyptienne résume le message qu'il veut faire passer: "Une force pour le Bien: l'Amérique revigorée au Moyen-Orient".

"Les Etats-Unis ne quittent pas le Moyen-Orient", a résumé un haut responsable du département d'Etat avant la tournée marathon qui doit encore conduire Mike Pompeo, jusqu'à mardi, dans la plupart des pays du Golfe.

Lors de son premier voyage à l'étranger après son arrivée à la Maison Blanche, en 2017, Donald Trump avait fixé à Ryad une ligne directrice à sa politique régionale: union des alliés des Etats-Unis contre l'Iran chiite --quitte à créer des liens nouveaux entre pays arabes et Israël face à cet ennemi commun-- et lutte renforcée contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie.

Parallèlement, le président américain avait promis de faire aboutir un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens, là où tous ses prédécesseurs ont échoué.

Mais depuis lors, ses décisions, qui correspondent à autant de promesses de campagne faites à sa base électorale, ont brouillée les pistes et désarçonné certains partenaires.

- "Encore plus chaotique" -

Le retrait des troupes américaines de Syrie, annoncé à la surprise générale en décembre par Donald Trump, est l'illustration des contradictions de la stratégie de son administration --voire de l'absence de stratégie, selon ses détracteurs.

L'ex-diplomate américain Aaron David Miller a dépeint sur Twitter un milliardaire républicain qui "change de politique par tweet ou lors d'un coup de fil", et ses conseillers qui "accourent ensuite pour réparer les dégâts" mais avec "des objectifs peu clairs ou difficiles à atteindre". 

Selon cet expert du Wilson Center, un cercle de réflexion de Washington, "la politique de Trump au Moyen-Orient a rendu encore plus chaotique un Moyen-Orient qui l'était déjà".

Après avoir évoqué un retrait de Syrie immédiat et complet, l'administration américaine a dû rétro-pédaler en fixant, par la voix de Mike Pompeo et du conseiller à la sécurité nationale John Bolton, des conditions qui semblent éloigner indéfiniment l'échéance.

Elles consistent en une défaite définitive de l'EI --encore actif dans certains recoins syriens-- mais aussi l'assurance que les combattants kurdes ayant lutté contre les jihadistes aux côtés des Américains seront protégés. Sur ce dernier point, la Turquie a renouvelé jeudi sa menace d'une offensive contre ceux qu'elle considère comme des "terroristes".

Les interrogations restent ainsi nombreuses, d'autant qu'un départ de Syrie, où l'Iran est impliqué militairement auprès du régime de Damas, semble en contradiction avec l'intention affichée de contrecarrer l'influence iranienne et de protéger Israël.

Avant le choix syrien, d'autres décisions de Donald Trump ont compliqué la donne, comme la sortie de l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien, qui a froissé les alliés européens de Washington, et la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d'Israël, qui a conduit les Palestiniens à dénier aux Etats-Unis leur rôle traditionnel de médiateur.

Depuis, la présentation du plan de paix israélo-palestinien concocté dans le plus grand secret par la Maison Blanche ne cesse d'être repoussée. Et il est peu probable que Mike Pompeo, qui n'a pas vraiment la main sur ce dossier, dévoile jeudi les cartes américaines.

Avant d'aller à Ryad dans les prochains jours, il devrait en revanche confirmer la solidité de l'alliance avec l'Arabie saoudite, malgré le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dont la responsabilité a été imputée par le Sénat américain au puissant prince héritier Mohammed ben Salmane.

AFP

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