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En Libye, la menace jihadiste se nourrit toujours du chaos et des divisions persistants

Deux ans après la perte de son fief de Syrte, le groupe Etat islamique (EI) continue de perpétrer des attaques en Libye, jusqu'au coeur de la capitale, profitant de la faiblesse du gouvernement internationalement reconnu et plus largement du chaos persistant.

La dernière en date, revendiquée par le groupe ultra-radical, a visé mardi le ministère des Affaires étrangères à Tripoli, faisant trois morts et provoquant d'importants dégâts à un bâtiment censé être parmi les plus sécurisés de Tripoli.

Elle fait suite à deux autres attaques d'envergure contre des institutions, l'une en septembre contre le siège de la Compagnie nationale de pétrole (deux morts) et la seconde, plus meurtrière, en mai contre les locaux de la Commission électorale (14 morts).

"L'EI a prouvé qu'il était capable de (...) frapper fort, deux ans après la perte de son fief à Syrte et sa traque dans le désert libyen par des groupes armés libyens mais aussi par l'armée américaine, qui a mené plusieurs frappes dans le sud", déclare à l'AFP l'analyste libyen Jalal al-Fitouri.

Selon M. Fitouri, l'EI bénéficie toujours autant "des divisions" qui minent le pays depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

Sept ans plus tard, le pays reste divisé, avec la présence à Tripoli du gouvernement d'union nationale (GNA) soutenu par la communauté internationale, et dans l'Est, un cabinet parallèle appuyé par l'Armée nationale libyenne (ANL) autoproclamée par le maréchal Khalifa Haftar.

- "Nouveaux sympathisants" -

Ce chaos politique et sécuritaire, qui s'est accentué à partir de 2014, a favorisé l'émergence de groupes jihadistes qui ont commis de nombreuses attaques --encore plus d'une vingtaine en 2018--, contre des institutions liées au GNA dans l'ouest et contre les forces de Haftar dans l'est et le sud.

En l'absence d'un "monopole de la force" dans le pays, l'EI peut de nouveau "se renforcer", prévient Mohamad al-Agouri, professeur à l'université de Benghazi (est).

"Il vise les forces de Haftar et de Sarraj à la fois, ainsi que des sites symboliques pour dire +je suis (encore là)+ et recruter de nouveaux sympathisants".

Malgré les efforts diplomatiques internationaux, aucune solution politique n'est en vue -la dernière tentative française d'obtenir l'organisation d'élections en décembre a fait long feu.

"Si les autorités du pays ne s'unissent pas, (...), une perte de contrôle (de la situation) peut survenir à tout moment", estime encore M. Agouri.

Dans ce contexte, l'attentat de mardi a exposé au grand jour la faiblesse chronique du GNA qui, depuis sa délicate prise de fonctions début 2016, a échoué à imposer son autorité sur les milices, qui font la loi à Tripoli, malgré l'annonce de réformes de sécurité sous l'égide de l'ONU.

Ces réformes, annoncées après des combats meurtriers en septembre entre  groupes armés rivaux près de la capitale, visaient notamment à réduire leur influence jusque dans les rouages de l'Etat.

- "Terreau fertile" -

Depuis, le gouvernement d'union tente de mettre en avant l'amélioration des conditions de sécurité à Tripoli, dans l'optique notamment de convaincre des capitales occidentales de rouvrir leurs ambassades en Libye, fermées depuis 2014 en raison des violences.

Mais l'attentat contre le ministère des Affaires étrangères risque de doucher les espoirs du GNA.

Le ministre de l'Intérieur, Fathi Bach Agha, s'est lui voulu direct lors d'une conférence de presse tenue quelques heures après l'attaque.

"La situation de sécurité est bonne en apparence, mais en réalité elle ne l'est pas", a-t-il clamé.

Il a reconnu que les réformes annoncées n'avaient pas été opérées, accusant implicitement certains "groupes" armés de ne pas obtempérer aux ordres.

"Le chaos sécuritaire se poursuit, ce qui constituera un terrain fertile pour Daech" (acronyme arabe du groupe EI), a argué le ministre, en déplorant le manque de moyens de son ministère, en particulier en matière d'armement.

A ce sujet, le GNA a renouvelé mardi son appel à l'ONU pour une "levée partielle" de l'embargo imposé au pays depuis 2011, plaidant la nécessité d'"assurer la sécurité" et de "combattre le terrorisme".

Des analystes écartent toutefois cette option, face au risque de voir les armes tomber aux mains des milices ou de groupes radicaux.

"En aucun cas, la communauté internationale ne permettra à la Libye d'importer des armes, parce que le gouvernement est faible face aux milices", résume Fayrouz al-Dali, professeure en sciences politiques à Tripoli.

AFP

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