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Soudan du Sud: 10 soldats condamnés pour le viol d'humanitaires et le meurtre d'un journaliste

Dix soldats sud-soudanais ont été condamnés jeudi à de lourdes peines de prison pour l'attaque d'un hôtel de la capitale sud-soudanaise Juba en juillet 2016 durant laquelle cinq travailleuses humanitaires étrangères ont été violées et un journaliste tué.

Le jugement, rendu par une cour martiale, est un des rares exemples de justice rendue pour les atrocités commises dans le conflit qui déchire le Soudan du Sud depuis fin 2013, même si certains observateurs l'attribuent à la présence d'étrangers parmi les victimes.

"Le tribunal militaire a jugé que les accusés (...) étaient coupables en raison de leur responsabilité directe dans ces crimes", a déclaré le juge Knight Baryano Almas, énumérant les accusations de viol, meurtre, pillage et destruction de biens.

Deux soldats ont été condamnés à la prison à perpétuité pour le meurtre du journaliste sud-soudanais John Gatluak, pour viols et d'autres crimes. Les huit autres soldats ont été condamnés à des peines allant de 7 à 14 ans de prison pour des crimes allant du viol au pillage.

Un onzième soldat a été acquitté tandis qu'un douzième, un commandant accusé d'avoir coordonné l'attaque, est décédé de "mort naturelle" en détention en octobre 2017, selon l'armée.

Les crimes reprochés aux accusés ont été commis le 11 juillet 2016 dans un hôtel situé à un peu plus d'un kilomètre d'une base de l'ONU à Juba, alors que la capitale était en proie à de violents combats entre l'armée fidèle au président Salva Kiir et les forces du chef rebelle et ancien vice-président Riek Machar.

Lors de son témoignage au début du procès, le gérant britannique de l'hôtel, Mike Woodward, a indiqué que "50 à 100 soldats armés" avaient pénétré dans l'enceinte de l'hôtel, où se trouvaient environ 50 employés d'organisations étrangères.

- "Torture" -

M. Woodward avait notamment décrit le meurtre de John Gatluak, le "viol collectif d'au moins 5 femmes travaillant pour des organisations internationales" et d'un "nombre inconnu de membres du personnel", ainsi que la manière dont un Américain travaillant pour une ONG avait reçu une balle dans la jambe.

Il avait également assuré que presque toutes les personnes présentes dans le bâtiment avaient été "battues et torturées". Le témoignage de M. Woodward est corroboré par des rapports compilés par l'ONU et l'ONG Human Rights Watch.

L'enquête de l'ONU a par ailleurs montré que les Casques bleus stationnés à proximité de l'hôtel ne sont pas venus au secours des personnes s'y trouvant, malgré de nombreux appels à l'aide par téléphone. Au nombre de 13.000, les Casques bleus ont de manière générale répondu de manière "chaotique et inefficace" aux violences de juillet à Juba, selon la même source.

La cour martiale a également jugé jeudi que le gouvernement sud-soudanais devrait payer 4.000 dollars (3.440 euros) de dédommagement à chaque victime de viol et plus de 2 millions de dollars au propriétaire de l'hôtel.

La famille du journaliste John Gatluak recevra elle 51 têtes de bétail.

- Rare exemple de justice -

"Le commandement de l'Armée de libération du peuple soudanais (l'armée gouvernementale sud-soudanaise, ndlr) souhaite présenter ses excuses aux victimes", a déclaré le porte-parole de l'armée à la presse, le colonel Santo Dominic, à l'issue du jugement.

Il a par ailleurs expliqué la lenteur de la procédure par le fait que "la plupart des victimes ont quitté le Soudan du Sud immédiatement" après les combats de juillet 2016 à Juba. "Cela a pris du temps de les retrouver".

Mike Woodward a salué le jugement, se disant "heureux que les criminels aillent en prison", alors que l'avocat des soldats a indiqué son intention d'interjeter appel.

Deux ans et demi après son indépendance, le Soudan du Sud a plongé en décembre 2013 dans une guerre civile qui a fait des dizaines de milliers de morts et plus de 3,5 millions de déplacés.

"Les condamnations d'aujourd'hui représentent un premier pas en vue de mettre un terme à l'impunité chronique au Soudan du Sud, où les forces du gouvernement et l'opposition armée ont commis des violations des droits de l'homme et des crimes au regard du droit international", a réagi Amnesty International.

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