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Cameroun: au moins trois policiers tués en deux jours en zone anglophone

La situation restait tendue mardi dans la région anglophone du Sud-Ouest au Cameroun, où au moins trois policiers ont été tués depuis dimanche par des séparatistes armés présumés.

Ces séparatistes ont, pour la première fois, fait irruption lundi à Buea, capitale du Sud-Ouest, où ils ont affronté pendant plusieurs heures les forces de défense et de sécurité, contraignant la majeure partie des habitants à rester cloitrés chez eux.

Au moins deux policiers ont été tués au cours de ces affrontements, selon un responsable de la ville, bilan confirmé par une source hospitalière qui a donné un bilan plus élevé de cinq policiers et d'un civil tué, ainsi que de trois civils blessés. 

"Deux policiers ont été tués hier (lundi) dans la zone sud de la ville par des terroristes", a déclaré le responsable de Buea en affirmant qu'un autre policier "a été enlevé, on est sans nouvelle de lui".

Dimanche à Kumba, localité située entre Buea et Mamfe, un commissaire de police avait été "froidement abattu" près de chez lui, avait auparavant annoncé à l'AFP une source sécuritaire de la région du Sud-Ouest.

La situation restait tendue mardi à Buea où des tirs ont de nouveau été entendus dans la matinée.

Lundi matin, des séparatistes armés avaient ouvert le feu sur les forces de sécurité et de défense de cette ville qui avaient riposté.

C'est la première fois que des combats ont lieu à Buea, ville de plus de 100.000 habitants quadrillée par un grand nombre de militaires depuis le début de la crise anglophone fin 2016.

Une an plus tard, une frange radicale et séparatise de la minorité anglophone qui s'estime marginalisée par le pouvoir central majoritairement francophone, a pris les armes.

Ces séparatistes, éparpillés en divers groupes, s'en prennent depuis sans relâche aux forces de l'ordre et de sécurité, mais aussi aux symboles de l'administration comme les écoles, qu'ils incendient. Ils procèdent également à des enlèvements de policiers, de fonctionnaires et d'hommes d'affaires, parfois étrangers.

En s'attaquant à Buea, les séparatistes tentent de s'emparer de cette ancienne capitale d'un Etat anglophone qui avait vu le jour sous mandat britannique, entre 1922 et 1961. Elle a été désignée par les séparatistes armés comme la future capitale de leur Etat anglophone revendiqué, l'"Ambazonie".

Dans les deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les combats sont devenus quasi quotidiens entre militaires, policiers et ces hommes armés.

- Présidentielle à risque -

D'abord centralisés début 2018 dans le Nord-Ouest, les combats se sont peu à peu déplacés vers le Sud-Ouest. La zone rurale entre Kumba, Mamfe et la frontière nigériane est devenue l'épicentre des violences.

Si officiellement, plus de 80 membres des forces de sécurité ont été tués dans les combats depuis le début de la crise, d'autres observateurs font état d'un bilan bien plus lourd. Aucun bilan du côté séparatiste n'est disponible.

Ce conflit armé risque fortement de perturber le scrutin présidentiel prévu le 7 octobre, car il est fort probable que les séparatistes tenteront de l'empêcher en zone anglophone.

Le président Paul Biya, 85 ans dont bientôt 36 au pouvoir, n'a pas annoncé s'il serait candidat à un septième mandat, mais il est présenté par son parti comme son candidat "naturel".

Pour ses opposants, il est au contraire responsable du "chaos" dans les régions anglophones.

Depuis fin 2016, Yaoundé a répondu par la force aux revendications fédéralistes, puis séparatistes.

Plus de 600 personnes ont été arrêtées, selon des sources onusiennes, et un important dispositif sécuritaire a été déployé dans les deux régions anglophones sur les dix que compte le pays. Les forces de l'ordre ont été accusées d'y commettre de nombreuses exactions.

En mai, les autorités ont annoncé un plan d'aide humanitaire d'urgence, financé par Yaoundé, l'aide internationale et un appel aux dons de particuliers, rejeté par les séparatistes.

Quelque 160.000 personnes ont dû fuir leur logement à la suite des violences, selon l'ONU, et 34.000 se sont réfugiées au Nigeria, selon l'Agence nigériane de gestion des urgences (Sema).

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