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Tchad: l'opposant Kebzabo sème le trouble après sa rencontre avec le président Déby

La rencontre il y a dix jours du chef de l'opposition tchadienne Saleh Kebzabo avec le président Idriss Déby, a semé le trouble chez les opposants à quelques mois de législatives prévues en novembre.

Jusqu'alors principal opposant du président Deby dont il avait contesté la réélection en 2016, Saleh Kebzabo en a surpris plus d'un en allant s'entretenir le 17 mai en tête-à-tête avec le chef de l'Etat, au pouvoir depuis 28 ans.

D'autant qu'Idriss Déby, soutenu par les pays occidentaux dans sa lutte contre les groupes jihadistes armés en Afrique, venait de doter son pays d'une nouvelle Constitution qui renforce ses pouvoirs.

Un changement qualifié de "coup d'Etat constitutionnel" par Saleh Kebzabo, 71 ans, qui avait voté contre le texte à l'Assemblée nationale.

Le tête-à-tête demandé par l'opposant "a semé le trouble dans la tête de nombreux chefs de parti", selon le politologue tchadien Evariste Ngarlem Tolde, interrogé au téléphone par l'AFP depuis Libreville.

"Sa position remet du baume au coeur du pouvoir", affirme pour sa part Joseph Djimrangar Dadnadji, président du parti d'opposition Cadre d'action populaire pour la solidarité et l'unité de la République (CAP-SUR), dont deux militants viennent d'être libérés après deux mois de détention au secret.

Par cette rencontre directe, la première depuis six ans, "son parti est rentré dans les bras de Déby et on va se demander qui est le vrai opposant", ajoute-t-il.

Moins critique, Mahamat Ahmat Alabo, autre opposant du Parti pour les libertés et le développement (PLD), note que Saleh Kebzabo qui "n'a consulté personne de l'opposition avant de demander audience (...) joue son rôle sur le terrain politique".

- "Pas de honte" -

Lors d'une conférence de presse vendredi à N'Djamena, M. Kebzabo s'est justifié. 

"Il n'y a pas de honte à rencontrer celui qui est consacré par la loi", a-t-il dit. Il a même laissé entendre que d'autres rencontres auraient lieu: "Il faudra s'habituer à me voir sortir de la présidence".

L'opposition tchadienne, dont l'Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR) de M. Kebzabo, avait pourtant boycotté un forum national qui avait préparé en mars le changement de Constitution et l'avènement d'une 4ème république.

Dans la foulée de ce qui apparaît comme un apaisement de ses relations avec le pouvoir, Saleh Kebzabo a également annoncé vendredi que son parti allait participer aux législatives prévues en novembre.

Il a en outre décidé de participer au Cadre national de dialogue politique (CNDP), organe au sein duquel partis d'opposition et de la majorité discutent des affaires politiques tchadiennes.

Selon Evariste Ngarlem Tolde, "le chef de l'Etat a décrédibilisé l'opposition politique et cette opposition s'est disqualifiés elle-même dans l'opinion". "Aujourd'hui, les Tchadiens se reconnaissent plutôt dans les associations des droits de l'homme ou les syndicats", ajoute le politologue.

Un jeune militant anti-Déby vivant à l'étranger, Abdelkrim Yacoub Koundougoumi, estime également que la "crédibilité" de Kebzabo en "a pris un sacré coup". "La jeunesse n'y croit plus", dit-il en affirmant réfléchir à "une alternative" avec des jeunes de la société civile.

Le Tchad s'apprête a connaître une nouvelle grève dans les services publics à partir de lundi, deux mois après un permier mouvement de sept semaines à l'appel des syndicats pour protester contre des mesures d'austérité.

L'opposition politique s'est faiblement impliquée dans ce mouvement ou dans les tentatives de manifestation de rue systématiquement interdites depuis le début de l'année.

"La classe politique dans son ensemble n'est pas suivie au Tchad. Les syndicats sont mieux écoutés que nous", reconnaît le président de CAP-SUR en reprochant à la classe politique à laquelle il appartient pourtant de "faire du sur-place".

Selon Mahamat Nour Ibedou, président de la Convention tchadienne des droits de l'homme (CTDDH), "Idriss Déby est arrivé à domestiquer toute l'opposition politique et surtout l'opposition dite radicale".

AFP

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