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Ethiopie: optimisme mesuré de l'opposition

Habitués à être harcelés, arrêtés et traduits en justice, des opposants éthiopiens ont accueilli mardi avec satisfaction, mais aussi avec prudence, la main tendue la veille par le nouveau Premier ministre, Abiy Ahmed, lors de son discours d'investiture.

Devant le Parlement, M. Abiy s'est voulu conciliant lundi en affirmant que les membres de l'opposition ne seraient plus considérés "comme des ennemis, (mais) comme des frères", et en demandant pardon aux victimes des manifestations des derniers mois.

"Je suis très prudemment optimiste", a réagi le président du Congrès fédéraliste oromo (OFC), Merera Gudina, qui avait été libéré en janvier après avoir passé plus d'un an en prison, dans le cadre d'une amnistie décidée par le prédécesseur de M. Abiy, Hailemariam Desalegn.

M. Abiy est devenu, à 42 ans, le premier Premier ministre appartenant à l'ethnie oromo, la principale du pays, depuis l'arrivée au pouvoir en 1991 du Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF).

L'EPRDF, la coalition actuellement au pouvoir, contrôle tous les sièges du Parlement et est accusé par les organisations de défense des droits de l'Homme de dérives autoritaires, en particulier en recourant aux services de sécurité pour museler les hommes politiques, journalistes ou blogueurs critiques.

Même s'ils espèrent que la nomination de M. Abiy par l'EPRDF est un signe d'ouverture, les opposants interrogés par l'AFP préviennent qu'il est trop tôt pour juger de ce que sera sa marge de man½uvre et la volonté de l'EPRDF d'évoluer.

 - 'Un discours civilisé' -

"Son discours est beaucoup plus civilisé que ceux des précédents dirigeants de l'EPRDF", remarque M. Merera. "Quant à savoir si c'est un nouvel exercice cosmétique de relations publiques ou si l'EPRDF est vraiment prêt à changer, je ne suis pas sûr."

L'accession de M. Abiy au poste de Premier ministre a commencé avec la démission surprise le 15 février d'Hailemariam Desalegn, confronté depuis plus de deux ans à des manifestations antigouvernementales sans précédent depuis 1991.

Le mouvement de protestation avait débuté fin 2015 en région oromo (sud et ouest), puis s'était étendu courant 2016 à d'autres régions, dont celle des Amhara (nord), la deuxième ethnie du pays. Sa répression a fait au moins 940 morts.

Ces manifestations étaient l'expression d'une frustration des Oromo et des Amhara, qui représentent 60% de la population et s'estimaient marginalisés dans les instances de pouvoir, et également porteuses de revendications d'une jeunesse avide de davantage de libertés individuelles.

Un premier état d'urgence instauré entre octobre 2016 et août 2017 avait ramené, au prix de milliers d'arrestations, un calme relatif dans le pays. Mais des manifestations ponctuelles ont ensuite repris.

"Les précédents dirigeants éthiopiens ne portaient aucune attention aux préoccupations des Oromo", a noté Waquma Bayisa, un habitant d'Addis Abeba qui a apprécié le discours de M. Abiy.

 - 'Mes amis sont en prison' -

Avant de démissionner, M. Hailemariam avait fait un premier geste, en ordonnant une amnistie au cours de laquelle des milliers de prisonniers, dont des opposants et journalistes, ont été libérés.

Mais au lendemain de sa démission, le gouvernement a décrété un nouvel état d'urgence, qui a valu à 11 opposants influents, dont certains venaient tout juste d'être graciés et libérés de prison, d'être à nouveau arrêtés fin mars pour rassemblement illégal.

Au sein de ce groupe figuraient des blogueurs de Zone9, un collectif très critique vis-à-vis du gouvernement, à l'égard duquel les dernières poursuites judiciaires lancées en 2014 avaient été abandonnées en février.

"Je suis très optimiste au sujet (de M. Abiy), mais beaucoup sont encore en prison, mes amis sont en prison", a regretté Atnafu Berhane, un autre membre de Zone9. "C'est le commandant en chef de l'armée. Il devrait relâcher mes amis et tous les prisonniers politiques."

L'opposition rêve de réformes, mais rien ne dit que M. Abiy, ancien ministre des Sciences et de la Technologie, sera capable de répondre à ses attentes. Car l'EPRDF semble divisé sur le degré d'ouverture à consentir.

Pour Yeshiwas Assefa, partisan de la formation d'opposition Blue Party, le Premier ministre devra surtout réformer les services de sécurité et la justice. "Ces institutions sont les servantes du régime, donc nous devons les changer".

AFP

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