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Cameroun: l'opposition désigne son candidat

Le principal parti d'opposition du Cameroun, le Front social démocratique (SDF), a désigné samedi son candiat à la présidentielle de 2018, un homme d'affaires de 49 ans, Joshua Osih, et dénoncé les "atrocités" commises en zones anglophones en crise depuis plus d'un an.

Ni John Fru Ndi, 76 ans, dirigeant du SDF et opposant historique au président Paul Biya, a cette fois décidé de ne pas s'opposer à lui, contrairement à la plupart des scrutins précédents. Il s'était présenté en 1992, 2004 et 2011, mais avait boycotté le scrutin présidentiel de 1997.

Il a voulu céder la place aux "jeunes cadets dans le
parti" dont il reste cependant le président, ce qui ne l'empêche pas de continuer à tenir des propos très dur à l'encontre du chef de l'Etat. Il a ainsi dénoncé dans une lettre ouverte à Paul Biya "les atrocités" commises dans les zones anglophones du Cameroun par l'armée et la police.

Dans ce courrier lu samedi en anglais et en français lors de la clôture du congrès du SDF à Bamenda (nord-ouest) la ville où il est né, il a dénoncé "la montée d'un discours haineux (entre Camerounais anglophones et francophones)" qui "nous rapproche de plus en plus d'une guerre civile".

"La loi anti-terroriste qui avait été adoptée pour protéger les Camerounais de la violence des extrémistes a plutôt servi de chèque en blanc pour des exécutions extra-judiciaires", a-t-il ajouté.

Un policier en poste à Bamenda s'est confié vendredi à l'AFP sous couvert d'anonymat, décrivant une tension permanente et une situation qui "nécessite des mesures extrêmes" dans les régions anglophones du Nord-ouest et du Sud-ouest..

"Nous n'avons pas d'état d'âme vis à vis des sécessionnistes puisqu'ils n'en n'ont pas à notre égard. Si je les ai en face de moi, je les abats. Ils n'hésitent pas à nous tuer comme ils ont récemment égorgé un militaire en plein c½ur de la ville. Nous sommes tout le temps sur le qui-vive que ce soit au quartier ou à nos postes", décrit-il.

Du côté des civils, on se plaint des confusions faites par les forces de l'ordre entre séparatistes violents et simples citoyens, ainsi que les bavures des forces de l'ordre.

- 'Haine' -

Une étudiante camerounaise a expliqué à l'AFP comment elle en est venue à éprouver de la "haine pour les militaires et des policiers". 

"Mon frère a été violement pris à partie par des gendarmes. On venait d'instaurer le couvre-feu (20h - 6h du matin). Il traînait encore dehors autour de 21 heures. Les gendarmes l'ont tabassé. Il a fait trois jours à l'hôpital. Il parlait à peine et avait du sang à la bouche. Il ne parvenait pas à se marcher", explique la jeune femme sous couvert d'anonymat à Bamenda.

Selon Ni John Fru Ndi, "avec tous les bouleversements et le carnage qu'on est en train de fomenter dans cette partie de notre pays, de plus en plus de jeunes du Nord-ouest et du Sud-ouest se sont radicalisés à cause des injustices dont ils souffrent".

Depuis plus d'un an, ces deux régions frontalières du Nigeria qui abritent la minorité anglophone du pays (20% de la population), sont secouées par une profonde crise socio-politique alimentée de vélléités séparatistes. 

Au fil des mois, et en réaction au fort déploiement de troupes opéré par Yaoundé, la cause indépendantiste a pris du poids, et la crise s'est peu à peu muée en conflit armé de basse intensité avec des attaques isolées contre les symboles de l'Etat. 

Les militaires et policiers ont perdu au moins 26 hommes dans des attaques, selon un décompte établi par l'AFP sur la base d'informations officielles. 

Du côté des séparatistes et des civils, le décompte des pertes reste quant à lui inconnu, tout comme les dégats matériels, Yaoundé ne communiquant pas sur le sujet.

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