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Sénégal: Wade en campagne propose un nouveau plan pour la Casamance


Le président sénégalais candidat à sa réélection Abdoulaye Wade lors d'un meeting à Thies le 8 février 2012 AFP Seyllou

Le président sénégalais Abdoulaye Wade a proposé samedi un nouveau plan pour mettre fin au conflit indépendantiste en Casamance, au cours d'un déplacement électoral dans cette région du sud du pays pour la présidentielle du 26 février.

"Je propose le plan DDP: désarmement, déminage, projet", a annoncé le président Wade devant plusieurs milliers de personnes lors d'un meeting dans la localité de Bignona.

"Il nous faut enlever ensemble (avec les rebelles) les mines pour cultiver de grandes surfaces, aller vers les champs. Je voudrais proposer aux rebelles (du Mouvement des forces démocratiques de Casamance, rébellion indépendantiste) cinq grands projets agricoles. Ces projets ont été faits pour que les rebelles sortent du maquis et rentrent pour travailler", a-t-il ajouté.

Chaque projet s'étendra sur 20.000 hectares, autour de trois grandes villes de Casamance, Oussouye, Bignona et Ziguinchor, et sera financé à 100% par l'Etat, a-t-il énuméré.

"Les chefs du maquis a qui j'ai soumis ce projet (y) sont favorables, ils ont dit qu'ils vont consulter leur base", a affirmé le président Wade, qui n'a donné aucune autre précision.

Commencée en 1982, la guerre "oubliée" de Casamance, séparée du nord du Sénégal par la Gambie, a fait des milliers de victimes, civiles et militaires, malgré plusieurs accords de paix entre Dakar et la rébellion du MFDC, signés et aussitôt caducs.

Lors de sa première élection en 2000, le président Wade s'était engagé à résoudre le conflit casamançais "en 100 jours", sans aucune avancée significative sur le terrain.

Les affrontements, braquages et embuscades se sont poursuivies à intervalles réguliers, et se sont même intensifiées depuis novembre 2011, alors que les divisions au sein du mouvement rebelle se sont amplifiées depuis la mort en décembre 2007 de son chef historique, l'abbé Augustin Diamacoune Senghor.

Début janvierle président Wade avait affirmé être disposé à "poursuivre le dialogue avec le MFDC pour une solution pacifique de la crise". Il s'est dit favorable à une médiation de la communauté Sant'Egidio, avec notamment la tendance la plus radicale de la rébellion, dirigée par Salif Sadio.

Est-ce que ça vaut la peine de continuer?

Le déplacement en Casamance du chef de l'Etat sortant, 85 ans officiellement, est un des moments forts de la campagne pour la présidentielle du 26 février, pour laquelle il brigue un troisième mandat.

Arrivé dans la matinée par avion depuis Dakar, M. Wade s'est rendu en voiture à Oussouye, Bignona et Ziguinchor, où il a tenu à chaque fois un meeting sous forte protection de l'armée.

Dans chacune de ces villes, mais également le long des routes, il a reçu un accueil chaleureux de milliers de partisans, portant pancartes et tee-shirts à l'effigie de leur champion, avec comme principal slogan "Wade 2012".

Depuis le début de la campagne électorale il y a une semaine, le président Wade enchaîne les meetings en province, faisant valoir les "avancées de son pays vers le développement", et réclamant une réélection dès "le premier tour".

Face à lui, le Mouvement du 23 juin (M23), qui regroupe opposition et société civile, poursuit sa "résistance pacifique" pour obtenir le retrait de sa candidature.

La campagne "en commun" des huit candidats du M23, dont le célèbre chanteur Youssou Ndour, a cependant marqué le pas en fin de semaine, la presse locale s'interrogeant sur les raisons de cette "pause" apparente.

L'unité affichée des premiers jours semble même se fissurer entre candidats d'opposition, l'ex-Premier ministre Macky Sall mène ainsi campagne depuis une semaine de son côté, suscitant les critiques à peine voilées d'autres candidats.

A l'appel du collectif de rappeurs Y'en a marre, plusieurs centaines de jeunes se sont réunis samedi après-midi à Dakar sur la Place de l'Obélisque, esplanade devenue le lieu symbole de la contestation.

"Sommes nous découragés? Les gens se demandent si ça vaut la peine de continuer", a reconnu à cette occasion Fadel Barro, co-fondateur de Y'en a marre.

"Même si nous ne sommes plus que cinquante, nous représentons un désir de changement profond au Sénégal", a-t-il cependant ajouté: "nous ne baisserons jamais les bras, nous n'accepterons jamais un troisième mandat".

La candidature de Wade alimente les tensions au Sénégal depuis des mois et sa validation par le Conseil constitutionnel le 27 janvier a provoqué des violences qui ont fait quatre morts en cinq jours.