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La Tunisie, sous tension, marque le 7e anniversaire de sa révolution

La Tunisie marque dimanche le 7e anniversaire de sa révolution dans un contexte de vive tension sociale, comme en témoignent de récents troubles, en raison de la persistance des mêmes maux -pauvreté, chômage, corruption- à l'origine de la chute de la dictature.

 Plusieurs manifestations à l'appel de partis et de syndicats sont prévues pour marquer l'anniversaire du soulèvement qui provoqua la chute de Zine el Abidine Ben Ali après 23 ans de règne sans partage et fut le point de départ des révoltes arabes.

En milieu de matinée, sous un important dispositif de sécurité, des centaines de partisans du mouvement islamiste Ennahdha se trouvaient déjà sur l'avenue Habib Bourguiba, épicentre de la contestation de janvier 2011, a constaté une journaliste de l'AFP.

Un groupe de musique donnait une atmosphère de fête sur l'artère, ornée pour l'occasion de drapeaux tunisiens.

Cet esprit festif promettait toutefois d'être grandement éclipsé par la grogne sociale qui frappe plus que jamais l'ultime pays rescapé du Printemps arabe.

Sept ans après le départ de Ben Ali, qui vit en exil en Arabie saoudite, nombre de Tunisiens estiment avoir gagné en liberté mais perdu en niveau de vie.

Malgré le succès relatif de sa transition démocratique, la Tunisie ne parvient pas, en effet, à s'extirper de la morosité économique et sociale. Au cours de la semaine écoulée, des manifestations pacifiques et des émeutes nocturnes ont secoué plusieurs villes.

- 'Couffin vide' -

Alimentée par un chômage persistant, la grogne sociale a été exacerbée par des hausses d'impôts prévus dans le budget 2018, grignotant un pouvoir d'achat par ailleurs éprouvé par une inflation en hausse (plus de 6% fin 2017).

Les protestataires réclament la révision du budget voté en décembre, mais aussi une lutte plus efficace contre la corruption, autre mal qui perdure.

Devant le siège du puissant syndicat UGTT, un millier de personnes commençaient à exprimer dimanche matin ce vif mécontentement, à l'image de Foued El Arbi, brandissant un couffin vide avec la mention "2018".

"Ce couffin vide résume notre situation médiocre sept ans après la révolution", a fustigé ce professeur de philosophie.

L'UGTT a appelé à une marche en centre-ville, tout comme le Front populaire (opposition).

Ce parti de gauche a été accusé par le Premier ministre Youssef Chahed d'être responsable des troubles des derniers jours, lors desquels quelque 803 personnes soupçonnées de violence, de vol et de pillage ont été arrêtées, selon le ministère de l'Intérieur.

Le président Béji Caïd Essebsi a, lui, décidé de marquer l'évènement en se rendant au même moment dans le quartier populaire d'Ettadhamen, en banlieue de Tunis, où des heurts nocturnes ont opposé des jeunes contestataires aux forces de sécurité au cours de la semaine écoulée. Il doit y inaugurer une maison de jeunes.

- 'Libres, mais affamés' -

La révolution tunisienne avait été déclenchée par l'immolation par le feu le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid -une ville dans l'arrière pays déshérité- du vendeur ambulant Mohamed Bouazizi, excédé par la pauvreté et les humiliations policières.  Sous la pression populaire, le président Ben Ali avait pris la fuite le 14 janvier. Ce soulèvement a fait 338 morts.

Pour la politologue Olfa Lamloum, les troubles sociaux des derniers jours "révèlent une colère portée par les mêmes (personnes) qui s'étaient mobilisés en 2011 et n'ont rien obtenu".

"Cela fait sept ans qu'on ne voit rien venir. On a eu la liberté, c'est vrai, mais nous sommes plus affamés qu'avant", a résumé à l'AFP Walid, un chômeur de 38 ans rencontré à Tebourba, près de Tunis, un des fiefs de la contestation actuelle.

Le mouvement social a été lancée début janvier à l'appel de "Fech Nestannew" ("Qu'est-ce qu'on attend?"), dont les instigateurs, issus de la société civile, réclament davantage de justice sociale, en réaction aux hausses d'impôts décidées dans le cadre du nouveau budget

En difficulté financière, notamment après la crise du secteur touristique liée à une série d'attentats jihadistes en 2015, la Tunisie a obtenu en 2016 un prêt de 2,4 milliards d'euros sur quatre ans du Fonds monétaire international (FMI). En échange, elle s'est engagée à une réduction de son déficit public et à des réformes économiques.

Le président Essebsi, qui a rencontré samedi les responsables des partis au pouvoir, du patronat et de l'UGTT, a reconnu que le climat social et le climat politique n'étaient "pas bons".

En soirée, le gouvernement a promis un plan d'action qui doit toucher plus de 120.000 bénéficiaires. Il coûtera plus de 70 millions de dinars (23,5 millions d'euros), a indiqué le ministre des Affaires sociales, Mohamed Trabelsi.

Il prévoit une aide à l'accès à la propriété pour les familles pauvres, des mesures visant à assurer "une couverture médicale pour tous", et une augmentation de l'allocation sociale en faveur des familles nécessiteuses, qui passera de 150 dinars (50 euros) à 180 et 210 dinars (60 et 70 euros) en fonction du nombre d'enfants, soit une augmentation d'au moins 20%.

AFP

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