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Tunisie: démission surprise du président de l'instance électorale

Le président de l'instance électorale en Tunisie a annoncé mardi à la surprise générale sa démission et celle de deux autres membres, provoquant une onde de choc dans le pays à sept mois des premières municipales post-révolution.

Cette annonce a été faite par le président de l'instance lui-même, Chafik Sarsar, qui a évoqué des conflits au sein de l'instance (Isie) "touchant aux valeurs et principes sur lesquels celle-ci est fondée". 

Elle intervient dans un contexte politique et social tendu et à la veille d'un discours du président Béji Caïd Essebsi faisant l'objet de nombreuses spéculations.

Plusieurs responsables se sont dits "choqués" par cette décision, alors que les autorités tunisiennes, sollicitées, n'ont pour l'heure fait aucun commentaire public.

"Quelle que soit la raison de cette démission, c'est un fait grave qui aura d'importantes répercussions", a déclaré à l'AFP l'analyste Selim Kharrat.

M. Sarsar a annoncé sa démission ainsi que celle du vice-président de l'Isie, Mourad Ben Mouelli, et d'une autre membre, Lamia Zargouni, lors d'une conférence de presse dont des extraits ont été diffusés par des radios locales.

"Conformément au serment que nous avons prêté", d'après lequel "nous nous engageons à ½uvrer à des élections libres et transparentes (...), nous avons décidé de démissionner", a dit M. Sarsar, la voix tremblante d'émotion.

"Nous avons été contraints à cette démission", a-t-il ajouté.

Chafik Sarsar a alors quitté les lieux, sans autre détail, et n'était pas joignable par la suite.

- Situation 'pas sereine' -

"Nous sommes des gens qui se respectent et qui respectent la Constitution. Il y a de grands conflits au sein" de l'instance, a pour sa part affirmé à l'AFP Mme Zargouni, également démissionnaire.

Au siège de l'instance régnait la tristesse et de nombreux employés étaient en larmes, selon une journaliste de l'AFP.

Chafik Sarsar est une personnalité respectée en Tunisie, et l'Isie avait été saluée pour son organisation des élections législatives et présidentielle en 2014.

M. Sarsar avait mis tout son poids ces derniers mois pour accélérer la tenue des premières municipales de l'après-révolution en Tunisie.

Attendues de longue date afin de consolider la transition démocratique, elles ont finalement été fixées au 17 décembre.

"L'Isie a montré sa capacité à mener à bien un processus électoral dans une démocratie naissante. C'est aussi l'une des rares instances institutionnelles indépendantes de la nouvelle Tunisie", a fait valoir l'analyste Selim Kharrat.

Selon lui, "ce choc intervient dans un contexte politique déjà tendu, avec une nouvelle tentative de la présidence de la République de faire passer un projet de loi décrié sur la réconciliation (...) et un récent remaniement du gouvernement".

"On est dans une situation qui n'est pas sereine", a-t-il relevé.

Si la Tunisie, unique pays rescapé du Printemps arabe, est parvenue jusque-là à faire avancer sa transition démocratique, elle reste engluée dans la morosité économique et sociale.

Entré en fonctions il y a moins d'un an, le gouvernement de Youssef Chahed est à son tour confronté à une grogne sociale croissante, en particulier dans les régions de l'intérieur.

M. Chahed a indiqué mardi qu'il réunirait jeudi les partis et organisations signataires de l'"accord de Carthage". Conclu en 2016, cet accord avait permis la formation de son gouvernement dit "d'union nationale". 

AFP

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