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Les Marocains ont voté pour les réformes en attendant leur application


Un Berbère marocain vote à Khemisset, à 80 km à l'est de Rabat, le 1er juillet 2011 AFP Abdelhak Senna

Sur fond de grands bouleversements dans le monde arabe, les Marocains ont accordé leur confiance au roi Mohammed VI pour qu'il engage le royaume sur la voie des réformes, au vu des résultats officiels du référendum sur une révision de la Constitution.

Les Marocains ont voté vendredi à une écrasante majorité pour le +oui+ au référendum, le premier du règne du roi Mohammed VI qui a accédé au pouvoir en 1999, selon les résultats quasi définitifs du ministère de l'Intérieur.

Plus de 98% des électeurs ont voté pour le +oui+ dans 94% des bureaux de vote, a déclaré le ministre de l'Intérieur marocain Taib Cherkaoui, confirmant des résultats plutôt habituels dans cette partie du monde.

Le ministre a également indiqué que le taux de participation a atteint 72,65% dans les 94% des bureaux de vote où le dépouillement a eu lieu.

"Aujourd'hui nous avons tourné une page de notre histoire et ouvert celle de la démocratie participative", a pour sa part indiqué le ministre de la Communication Khalid Naciri, à l'issue du référendum.

"Nous soutenons les Marocains et leurs dirigeants dans leurs efforts pour renforcer le règne de la loi, élever les normes de droits de l'Homme, promouvoir la bonne gouvernance et oeuvrer vers une réforme démocratique à long terme", a déclaré la secrétaire d'Etat Hillary Clinton dans un communiqué.

Le président français Nicolas Sarkozy "a fait part au roi du plein soutien de la France au processus exemplaire par lequel le Maroc poursuit résolument et pacifiquement son approfondissement démocratique", selon un communiqué de l'Elysée.

L'Union européenne a encouragé "une mise en oeuvre rapide et réelle de ce programme de réformes" tandis que Madrid a salué la volonté de réformes du roi devenue "une référence pour beaucoup d'autres pays".

Le nouveau texte renforce les pouvoirs du Premier ministre et du parlement tout en préservant le prééminence politique et religieuse du monarque, et prévoit des réformes renforçant l'Etat de droit.

Selon ce texte, le Premier ministre, issu du parti vainqueur aux élections, aura la possibilité de dissoudre la chambre des représentants, ce qui était du seul attribut du roi avant le projet de réformes.

"Ce n'est pas tant le texte qui importe mais bien son application. Le changement profond résidera dans le comportement politique des élites marocaines bien plus que dans des dispositions inscrites dans la Constitution" a cependant tempéré la politologue Khadija Mohsen-Finan, spécialiste du Maghreb.

Cette réforme "paraissait enviable dans un monde arabe immobile, mais est aujourd'hui bien en deçà des exigences d'une rue qui a compris que les libertés et l'Etat de droit s'arrachent dans une négociation entre une société civile (...) et un pouvoir qui peine à donner un souffle nouveau à un mode de gouvernance vieilli et décalé dans le contexte arabe", a-t-elle ajouté.

De fait, le Mouvement des jeunes contestataires du 20 février n'a pas tardé à contester ce résultat, appelant à poursuivre la mobilisation, en manifestant dimanche.

"C'est un référendum illégal car il a été marqué par des violations massives du principe démocratique. Les autorités ont profité des conditions sociales des gens et les ont forcés à aller voter pour le +oui+", a déclaré à l'AFP Najib Chaouki, un membre du mouvement.

"C"est une très forte déception, nous avons raté un occasion historique pour le Maroc", a pour sa part indiqué Mehdi Lahlou, membre du Parti socialiste unifié (PSU, opposition), critiquant "la précipitation avec laquelle la campagne référendaire a été engagée".

Pour le politologue Mohamed Tozy, "si le Mouvement 20 février joue un rôle de +veille+ en revendiquant des réformes liées à la mise en oeuvre de la constitution, comme la lutte contre la corruption, je pense que le pouvoir en a besoin maintenant".

"Mais s'il verse dans la provocation, la réaction des autorités risque d'être plus musclée", a-t-il estimé dans un entretien à l'AFP.