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Une gifle pour le président malien
Deux Français ont encore été enlevés au Mali. Un camouflet pour la politique de sécurité du président malien, Amadou Toumani Touré.
Mise à jour du 25 novembre 2011: Trois Européens ont été enlevés et un autre a été tué à Tombouctou (nord du Mali), au lendemain du rapt de deux Français à Hombori, une localité située plus au sud, a appris le 25 novembre l'AFP de sources sécuritaires maliennes.
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L’attaque contre un intermédiaire français venu négocier la libération des otages d’Aqmi (Al-Qaida au Maghreb islamique) était-elle un signe prémonitoire? L’information, donnée par RFI, est-elle à peine tombée dans l’oreille des auditeurs africains qu’ils apprennent, éberlués, que deux Français (des géologues travaillant pour une cimenterie) viennent d’être enlevés dans le nord Mali par le même groupe terroriste. La piste d’Aqmi est inévitablement privilégiée. Et, selon un mode opératoire désormais bien huilé, les ravisseurs attendront d’être en lieu sûr, avant de revendiquer leur forfait. En l’intervalle de vingt-quatre heures, ces deux événements tragiques révèlent l’omnipotence d’Aqmi dans la région septentrionale du Mali.
Des touristes trompés
On découvre aussi que des Occidentaux continuent de s’y aventurer malgré les risques. Mais à leur décharge, on peut leur concéder d’avoir cru à la campagne des autorités maliennes, visant à faire revenir les touristes, coopérants, investisseurs et autres humanitaires. Après un tel appel du pied, notamment aux investisseurs, on ne pouvait pas imaginer que de nouveaux drames liés aux prises d’otages pouvaient encore survenir. Lancé à grand renfort de publicité il y a un an, le Programme spécial pour la paix, la sécurité et le développement du nord Mali apparaissait en effet comme une parade à la question du terrorisme.
Amadou Toumani Touré (ATT) a toujours cru dur comme fer que la lutte contre l’insécurité passait par le développement des zones affectées. Ce n’est pas faux. La pauvreté est un des facteurs favorisants la criminalité et le fanatisme. Mais, visiblement, le train de mesures annoncées tarde à faire son effet, puisque c’est dans les deux régions concernées, Gao et Mopti, que viennent d’avoir lieu les derniers enlèvements. Le Mali n’a donc pas rempli son contrat, qui est d’assurer la sécurité des biens et des personnes.
Des réunions, mais pas d'actions
Ce nouveau coup d’éclat est un vrai camouflet pour le pays d'ATT, qui a abrité seulement en début de semaine, la réunion des quatre chefs d’état-major du Mali, du Niger, de la Mauritanie et de l’Algérie. Ces pays de la ligne de front contre Aqmi ont mis en place une organisation commune dénommée Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC). Mais à Bamako, comme dans d’autres villes où des réunions similaires se sont tenues sur le terrorisme et la criminalité dans la bande sahélo-saharienne, on a encore eu droit à des vœux pieux. Le mot d’ordre, c’est bien sûr la nécessité d’une coopération plus étroite. Mais cet impératif, seriné à chaque réunion, n’a jamais connu un début d’exécution. Rien de vraiment concret n’est donc sorti de cet énième rendez-vous de hauts gradés de la zone, alors que l’urgence de la mise en place d’une task-force se pose avec acuité. Mais, on le voit, tous n’ont pas la même compréhension de la forme que prendra cette unité spéciale et surtout de son mode d’intervention. Résultat: pendant que les militaires discutaillent (ce qui n’est pas leur rôle), les criminels, de tous bords, continuent d’écumer la région.
Dans cette série de revers infligés aux Etats du Sahel par Aqmi, le Mali est à nouveau sur la sellette. Bamako a beau refuser d’être considéré comme le maillon faible de la lutte contre Aqmi, il n’empêche que les faits démontrent sa vulnérabilité. Le Mali n’est pas sorti de l’auberge puisque, à ce casse-tête d’Aqmi, sont venus se greffer les effets pervers de la crise libyenne. D’importantes quantités d’armes et de nombreux combattants touaregs ont afflué vers le nord Mali, faisant de la région une potentielle poudrière à la fois terroriste et irrédentiste. Le comble, pour le général ATT. Son plus grand regret, à l’heure où il quittera la tête de l’Etat malien, sera certainement de n’avoir pu mettre au pas ces bandes armées
Mahorou KANAZOE
Le Pays
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