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A la frontière entre l'Ouganda et la RDC, la peur au quotidien

En contrebas des pics dentelés et enneigés des monts Rwenzori, dans le sud-ouest de l'Ouganda, la ville de Mpondwe déborde d'activité. Mais l'insécurité qui règne de l'autre côté de la frontière, en République démocratique du Congo, y est une préoccupation constante.

Lentement, un à un, des camions traversent un pont métallique branlant sur la rivière Lhubiriha pour rejoindre la RDC où, selon les commerçants locaux, on peut faire des affaires, à condition de ne pas avoir trop peur.

"Nous n'avons aucune inquiétude ici (du côté ougandais), mais notre préoccupation c'est la sécurité là-bas", remarque Henry Bwambale, un homme d'affaires, en pointant du doigt l'Ouest.

Des commerçants des environs font état, selon lui, de vols ayant mal tourné, voire pire, sur les routes menant aux villes congolaises de Butembo et Beni. "Nous avons entendu parler de gens tués, dépecés et dont les maisons ont été brûlées. Les gens sont décapités", décrit-il.

Simon Mufalume, un commerçant ougandais, ne prend plus le risque de traverser la frontière et passe par des intermédiaires. "Aller au Congo pour faire du commerce est risqué", constate-t-il.

Mais l'audace peut aussi être récompensée. "Les négociants qui prennent le risque et traversent, font d'énormes bénéfices", assure Wilberforce Kanga, un homme d'affaires venu de Beni.

Ces dernières années, les violences ont surtout été imputées aux Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe rebelle ougandais qui, de mouvement armé de défense des musulmans au milieu des années 1990, s'est transformé en milice brutale accusée de nombreux massacres dans la région.

- La nuit, l'argent -

La crainte des attaques a conduit Jude Mwanankambo, un commerçant congolais, à vivre du côté congolais le jour et ougandais la nuit.

"Là-bas, la sécurité n'est pas garantie. Des hommes armés viennent chez vous la nuit et vous demandent de l'argent", raconte-t-il. "Donc je vais en Ouganda le soir et je rentre le matin."

Pour se faciliter la vie, il a une femme de chaque côté de la frontière.

Mpondwe est en pleine expansion. Des immeubles apparaissent au milieu des toits en tôle, la route a été bitumée, et le gouvernement est présent avec des bureaux des douanes et de l'immigration.

Les biens qui s'entassent et l'animation des marchés contrastent avec le côté congolais de la frontière, où les commerçants ne s'attardent pas.

La semaine passée, un centre régional de renseignements a ouvert ses portes dans la ville ougandaise voisine de Kasese, pour s'attaquer au problème posé par les ADF.

Les autorités ougandaises et congolaises ont tenté de lier les ADF à l'internationale jihadiste, notamment aux shebab somaliens, mais cette thèse est largement rejetée par les observateurs indépendants.

Les ADF n'ont pas besoin d'aide extérieure pour être dangereuses. En novembre 1996, le groupe avait attaqué Mpondwe, laissant les rues jonchées de corps.

Entre 1996 et 2001, au moins 1.000 personnes ont été tuées et 150.000 déplacées, selon des chercheurs, alors que les ADF multipliaient les attaques en Ouganda contre les citoyens, le gouvernement et l'armée.

- 'Pourquoi tuer des innocents?' -

Un ex-combattant des ADF, Ramadhan Byarugaba, qui a quitté le groupe dans le cadre d'un programme ougandais d'amnistie, estime que ses anciens compagnons ne savent plus pourquoi ils se battent.

"Le gouvernement qu'ils disaient vouloir renverser est en Ouganda, mais ils tuent des gens au Congo. Pourquoi? Est-ce que tuer des innocents fait partie de leur mission?", demande-t-il.

Cependant, si la brutalité des ADF n'est pas en doute, le fait qu'elles soient derrière toutes les violences l'est plus.

Depuis le début, en octobre 2014, de la nouvelle vague de violences qui endeuille le Nord-Kivu en RDC, les ADF ont été dénoncées par Kinshasa et la Mission de l'ONU pour la stabilisation du Congo (Monusco).

Mais cette version a été partiellement remise en cause par un rapport en 2016 du Groupe d'étude sur le Congo, selon lequel les ADF portent bien une part très importante de responsabilité, mais au côté d'autres éléments armés, parmi lesquels des soldats de l'armée congolaise (FARDC).

"Il y a de nombreux groupes qui tuent les gens", soupire Roselyn Kambaare, une mère de cinq enfants qui avait fui Beni en 2014 après un énième massacre.

Elle énumère les rebelles hutus rwandais des FDLR, impliqués dans le génocide de 1994 au Rwanda, les milices Maï-Maï, les ADF et l'armée congolaise, ou du moins des hommes armés portant ses uniformes.

Mais pour Kambaare, il est moins important de savoir qui tue que d'arrêter les massacres. "Nous avons souffert pendant trop longtemps", plaide-t-elle.

AFP

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