mis à jour le

Bama, ville martyre, symbole des ravages de Boko Haram

Murs éventrés, toitures arrachées, stations services et carcasses de voitures incendiées à perte de vue: "Bama n'est plus", constate Mustapha Mallam, qui comme des dizaines de milliers d'autres habitants, a tout perdu le jour où il a abandonné sa maison à Boko Haram il y a deux ans, forcé de prendre la fuite.

Détruite à 85%, Bama, deuxième agglomération de l'État du Borno avec près de 270.000 habitants, est devenue le symbole de la destruction à grande échelle orchestrée par le groupe islamiste.

Pas une maison ne semble avoir résisté au déferlement de violence et hormis les militaires et les ouvriers, à pied d'oeuvre pour tenter de réhabiliter l'artère principale, personne n'est revenu à Bama. 

Le groupe islamiste nigérian Boko Haram a "tout brûlé" avant d'être chassé par l'armée nigériane en mars. Les soldats ont trouvé les rues jonchées de cadavres.

L'enseignant Mustapha Mallam n'a retrouvé "que des cendres" en retournant pour la première fois sur les décombres de sa vie passée dans un quartier jadis "paisible", rythmée par les cris joyeux de ses sept enfants qui "jouaient dans la cour". 

"Il n'y a même plus un bout de ferraille... Ce qu'ils (Boko Haram) n'ont pas brûlé, ils l'ont emporté", constate-t-il tristement.

Ce qui fut une mosquée, n'est plus reconnaissable qu'à son minaret vert surmonté du symbole de l'étoile et du croissant. Le toit est parti en fumée, les murs noircis portent encore les impacts de balle. 

L'hôpital général, un ensemble de ruines, est aujourd'hui un terrain de jeu pour les enfants du camp de déplacés en bordure de la ville où vivent un peu plus de 10.000 personnes. Les autres ont trouvé refuge à 70 km à l'ouest, dans la capitale de Maiduguri, comme un million d'autres personnes. 

Lorsque les insurgés ont pris la cité le 1er septembre 2014, le califat autoproclamé est à l'apogée de sa puissance: ils s'emparent en quelques mois d'un territoire grand comme la Belgique et sur leur passage, mettent l'armée nigériane en déroute.

Durant sept mois, Bama a été "l'enfer sur terre". "La journée, ils regroupaient les garçons âgés de plus de 18 ans dans la prison de la ville et les exécutaient", se rappelle Ali Mbusube, ancien étudiant et désormais responsable du camp de déplacés.

"Il n'y avait plus rien à manger, il n'y avait plus d'école ni d'hôpital, et si tu volais de la nourriture ils te tranchaient la main". 

- Déplacés "suspects" -

A l'échelle de l'Etat du Borno, le plus touché par l'insurrection islamiste, l'ampleur des dommages fait peur. En mars, la Banque mondiale a chiffré le coût des destructions à 5,9 milliards de dollars. 

Près d'un million de foyers ont été détruits, environ 30% du total. Plus de 500 écoles primaires, près de 40 collèges, ainsi que 200 hôpitaux, cliniques et dispensaires médicaux ont connu le même sort. 

Quant aux installations d'approvisionnement en eau et en électricité, les dégâts "sont trop nombreux pour être mentionnés", soupire le gouverneur du Borno, Kashim Shettima.

Les travaux de reconstruction ont commencé il y a deux mois à Bama et Konduga, une autre ville ravagée par les combats, mais la tâche est immense et prendra du temps.

"Beaucoup reste à faire et toutes les communautés nous supplient de les aider", reconnait M. Shettima, qui s'est toutefois fixé l'objectif ambitieux de renvoyer une grande partie des déplacés chez eux d'ici mai 2017.

Mais à Bama, la sécurité reste un défi majeur pour les soldats lourdement armés qui quadrillent la ville et protègent chaque grand carrefour, derrière des check-points entourés de blocs de béton et des sacs de sable.

Boko Haram est parti, mais de nombreux combattants sont retranchés dans la forêt de Sambisa, à une trentaine de kilomètres de là, d'où ils mènent régulièrement des incursions dans Bama pour voler des vivres et des équipements.

Des plaques de tôle ondulées entravent délibérément les chemins de terre dans les faubourgs périphériques: comme les insurgés attaquent généralement dans l'obscurité, les froissements de tôle sur leur passage sont un signal d'alarme pour les militaires, explique l'un d'eux.

L'armée, qui garde des dizaines de camps de déplacés - régulièrement ciblés par des attentats-suicides - dans la région, est extrêmement vigilante vis à vis des nouveaux arrivés, souvent suspectés de complicité ou d'appartenance à Boko Haram.

A 70 ans, Mohamed Mustapha, est ainsi resté enfermé pendant 28 jours dans la prison de Bama avant d'être "blanchi" par les autorités, au terme d'une enquête auprès de ses anciens voisins de quartier. 

"Les soldats scrutent aussi les paumes des mains des jeunes hommes", assure-t-il. "Il y a toujours des traces visibles quand on a l'habitude de tenir une kalachnikov, c'est comme ça qu'ils démasquent les coupables". 

AFP

Ses derniers articles: L'ONU s'inquiète du rapatriement de réfugiés mozambicains par la Tanzanie  Algérie: des manifestants condamnés, la répression se durçit  La Russie livre des armes 

haram

AFP

Rentrer chez soi ou rester en sécurité: au Nigeria, l'impossible choix des déplacés de Boko Haram

Rentrer chez soi ou rester en sécurité: au Nigeria, l'impossible choix des déplacés de Boko Haram

AFP

Nigeria: au moins 11 morts dans une attaque de Boko Haram

Nigeria: au moins 11 morts dans une attaque de Boko Haram

AFP

Présidentielle au Niger:

Présidentielle au Niger:

symbole

AFP

Algérie: nouveau procès pour Khaled Drareni, symbole de la liberté de la presse

Algérie: nouveau procès pour Khaled Drareni, symbole de la liberté de la presse

AFP

L'Algérien Khaled Drareni, symbole du combat pour la liberté de la presse

L'Algérien Khaled Drareni, symbole du combat pour la liberté de la presse

AFP

Nigeria: le marché de Shasha, symbole d'unité, dévasté par des violences entre ethnies

Nigeria: le marché de Shasha, symbole d'unité, dévasté par des violences entre ethnies

ville

AFP

A Louxor, une ville d'artisans de plus de 3.000 ans

A Louxor, une ville d'artisans de plus de 3.000 ans

AFP

L'Egypte lève le voile sur une ville enfouie depuis 3.000 ans

L'Egypte lève le voile sur une ville enfouie depuis 3.000 ans

AFP

Mozambique: les jihadistes "chassés" de la ville de Palma, deux semaines après l'attaque

Mozambique: les jihadistes "chassés" de la ville de Palma, deux semaines après l'attaque