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Election en Gambie: une défaite qui vient de loin pour Jammeh

Usure du pouvoir, unité de l'opposition, frustrations économiques et ras-le-bol de la répression et de l'isolement de la Gambie: de nombreux éléments se sont ligués pour aboutir à la défaite électorale de Yahya Jammeh, estiment habitants, diplomates et analystes.

Depuis la proclamation des résultats vendredi du scrutin du 1er décembre, un vent nouveau souffle sur le pays, comme en témoigne la libération sous caution lundi du principal opposant, Ousainou Darboe, et de 18 coprévenus, condamnés en juillet à trois ans de prison ferme pour participation à une manifestation non autorisée.

Personne n'était néanmoins encore en mesure d'expliquer pourquoi M. Jammeh, qui gouverne sans partage la Gambie depuis 22 ans, a reconnu sa défaite, et si promptement, dans une déclaration télévisée vendredi soir au cours de laquelle il a appelé au téléphone son tombeur, candidat d'une large coalition de l'opposition, Adama Barrow, pour le féliciter.

Ce coup de théâtre "demeure encore pour moi une énigme", déclare à l'AFP Mathias Hounkpe, responsable du programme de Gouvernance politique à la fondation Osiwa (Open Society Initiative for West Africa), qui promeut la bonne gouvernance et la transparence.

Arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1994 dans ce pays enclavé dans le territoire sénégalais hormis sa façade atlantique, Yahya Jammeh a été élu une première fois en 1996, puis réélu tous les cinq ans.

Mais le 1er décembre, il a été largement distancé par Barrow, parfait inconnu sur la scène politique six mois auparavant, qui a obtenu 45,5% des voix contre 36,6% pour le président sortant, et 17,8% pour le troisième candidat, l'ex-député du parti au pouvoir Mama Kandeh.

Le jour du vote, Sulayman Jallow, un homme d'affaires de 33 ans, s'est dit impatient d'une alternance, après 22 ans. "Cela fait trop longtemps", a-t-il affirmé, résumant un sentiment exprimé par beaucoup à Banjul, la capitale. "Nous avons été marginalisés, persécutés et torturés".

- Vote à un tour -

Francis Kpatindé, qui donne à Sciences-Po Paris un cours sur "le contrôle des élections en Afrique", mentionne aussi à l'AFP "l'usure du pouvoir", au sein d'une population (deux millions d'habitants), dont la majorité n'a connu que Yahya Jammeh, comme une des pistes pouvant expliquer sa défaite.

Il cite également l'unité inédite de l'opposition, cruciale dans une élection à un seul tour, autour d'une personnalité neuve par rapport aux figures présentes dans le paysage depuis un quart de siècle, dont Ousainou Darboe. 

Darboe, déjà en lice face à Jammeh en 1996 ne pouvait concourir cette année en raison de la limite d'âge (65 ans maximum). 

L'unité de l'opposition "a suscité un immense espoir" dans une population frustrée par les difficultés économiques et la répression, souligne également Mme Isatou Touray, militante des droits des femmes, qui a retiré sa candidature en faveur de M. Barrow. "Cela a permis de lever la peur que l'Etat a instillée à son peuple", dit-elle à l'AFP. 

A contrario, d'autres observateurs considèrent que Mama Kandeh a pêché dans le réservoir électoral de Jammeh en s'appuyant sur des réseaux tissés durant ses dix ans de mandat parlementaire avant de tomber en disgrâce.

Il "a une bonne connaissance interne du parti" au pouvoir, dont il a attiré les déçus, confie à l'AFP Essa Jallow, son porte-parole.

Mathias Hounkpe, d'Osiwa, constate par ailleurs que les "déçus de la gouvernance" de Jammeh ont vu leurs messages amplifiés par les réseaux sociaux qui "ont joué un rôle extrêmement important" dans la mobilisation contre sa réélection.

Quant au fait qu'il n'ait pas tenté un coup de force ou de contester les résultats, Francis Kpatindé évoque des "pressions internationales", menées de manière discrète mais efficace, citant des pays comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et le Nigeria.

Il est encore trop tôt pour dire si Jammeh a renoncé à s'accrocher au pouvoir en échange de promesses, juge Mathias Hounkpe.

"Mais quand je vois la décontraction avec laquelle il a annoncé sa défaite, je suis tenté de croire qu'il n'a pas le sentiment que quelque chose lui arrivera" après la passation de pouvoirs, prévue en janvier, souligne-t-il.

Depuis sa déclaration télévisée, Yahya Jammeh n'a pas été vu en public mais, selon des diplomates, il n'a pas quitté la Gambie. Lui-même a assuré qu'il prendrait sa retraite à Kanilai (ouest), son village natal.

AFP

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