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Gambie: Jammeh reconnaît sa défaite face

Le vainqueur déclaré de l'élection présidentielle gambienne a salué vendredi l'avènement d'"une nouvelle Gambie", après 22 ans de pouvoir de Yahya Jammeh qui a reconnu sa défaite et félicité son adversaire, lui souhaitant bon vent.

Selon les résultats du scrutin de jeudi publiés par la commission électorale, Yahya Jammeh s'est classé deuxième avec 36,6% des voix derrière Barrow, crédité de 45,5% des suffrages. Le troisième et dernier candidat en lice, Mama Kandeh, a eu 17,8% des voix. La participation avoisinait les 65 %.

"Je déclare Adama Barrow légalement élu pour servir comme président de la République de Gambie", a proclamé le président de la Commission électorale Alieu Momar Njie, devant la presse, appelant "à respecter la paix, la tolérance et la tranquillité".

Arrivé au pouvoir par un coup d'État en 1994, Yahya Jammeh a été élu en 1996 puis largement réélu tous les cinq ans depuis.

Il s'était dit certain d'une nouvelle victoire à la présidentielle de jeudi, et ses détracteurs lui prêtaient l'intention de n'accepter aucune autre issue. A la surprise générale, il a reconnu sa défaite et félicité - par téléphone - Barrow dans une déclaration télévisée vendredi soir, sa première réaction depuis l'annonce des résultats, comme l'avait indiqué plusieurs heures auparavant Alieu Momar Njie, parlant d'un "fait "vraiment exceptionnel".

"Vous, Gambiens, avez décidé que je devais être en retrait, vous avez voté pour quelqu'un pour diriger le pays, c'est notre pays, et je vous souhaite le meilleur", a affirmé M. Jammeh apparaissant en boubou blanc, filmé devant un bureau.

Devant la caméra, il a téléphoné à Barrow et lui a dit: "Vous êtes le président élu de Gambie et je vous souhaite le meilleur".

Quelques heures auparavant, Adama Barrow avait salué les derniers développements dans son pays dans un entretien avec un journaliste de l'AFP à Kololi (environ 30 km de Banjul), entouré de proches et partisans saluant bruyamment sa victoire.

"Le message pour les populations gambiennes: il est temps de se mettre au travail. C'est une nouvelle Gambie, une nouvelle attitude, pour le changement et le développement de notre pays", a poursuivi Barrow, un homme d'affaires.

L'annonce de la victoire de Barrow a suscité des manifestations de joie dans les rues de Banjul, où des forces de sécurité étaient déployées depuis tôt vendredi matin.

Certains parcouraient la ville entassés dans des voitures et klaxonnant à tout-va. Des journalistes ont vu des grappes de jeunes brandissant des portraits de Barrow, d'autres déchirant ou piétinant des banderoles et affiches à l'effigie de Jammeh.

Le réseau internet et les communications téléphoniques internationales, qui avaient été coupés depuis mercredi soir afin d'empêcher la diffusion de résultats non officiels, ont été rétablis vendredi, a-t-on constaté.

- "Victoire pour la démocratie" -

Quelque 890.000 électeurs, sur près de 2 millions d'habitants de ce pays enclavé dans le territoire sénégalais, hormis sa façade atlantique, étaient appelés jeudi aux urnes pour départager Yahya Jammeh, Adama Barrow et Mama Kandeh, tous âgés de 51 ans, étant nés en 1965, année de l'indépendance 

Dans une déclaration commune vendredi soir, la Commission économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), l'Union africaine et l'ONU "félicitent le peuple gambien pour l'élection présidentielle pacifique, libre, juste et transparente" de jeudi.

Elles saluent également "Yahya Jammeh pour avoir gracieusement reconnu sa défaite et Adama Barrow pour sa victoire", selon ce texte publié par la Cédéao.

Human Rights Watch (HRW) a aussi complimenté "le déroulement du scrutin sans violence ni ingérence politique manifeste", représentant "une victoire pour la démocratie dans un pays qui en a longtemps été privé".

L'ONG a cependant averti que les risques de débordement n'étaient pas écartés, étant donné les antécédents "d'intimidation" du régime de Jammeh, et invité les forces de sécurité à continuer "de faire respecter les droits humains et l'État de droit".

Selon des analystes et l'opposition, c'était la première fois que le régime, qui a survécu à de nombreuses tentatives de coup d'État, était sérieusement menacé par un scrutin, au terme d'une campagne marquée par l'expression d'un pluralisme inhabituel.

Malgré la répression, la parole se libérait depuis des manifestations en avril pour réclamer des réformes politiques, puis pour dénoncer la mort en détention d'un opposant et la condamnation en juillet à trois ans de prison d'une trentaine de participants à ces rassemblements, dont le chef de l'opposition, Ousainou Darboe.

AFP

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