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Abdoulaye Wade: Le vieux nègre et ses médailles

En 26 ans d’opposition et 12 ans de pouvoir, Abdoulaye Wade a reçu plusieurs décorations et distinctions. Même s'il a perdu le pouvoir, il continue à en collectionner. C’est à croire que le chantre du Sopi n’a pas lu le roman de Ferdinand Oyono « Le vieux nègre et la médaille » dans lequel le vieux Meka se fait humilier pour une médaille sans valeur. Entre Abdoulaye Wade et les distinctions, c’est une très grande histoire d’amour. Dans sa longue carrière politique, le Pape du Sopi a reçu les distinctions les plus prestigieuses et les plus farfelues. Malgré sa déchéance politique, l’ancien président sénégalais ne lâche pas son hobby. Les prix, il en collectionne encore. Collectionneurs de prix En juillet 2003, il a reçu la Médaille d’or Henry Sylvester William (premier intellectuel noir à imaginer un mouvement panafricain) pour la renaissance africaine (Trinidad et Tabago). Le 13 juin 2005, la distinction « Don de la Terre » est remise à Abdoulaye Wade. Il a reçu cette distinction de Dr. Claude Martin, Directeur général du Fonds mondial pour la nature (WWF). En 2005, le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix lui a été décerné. En  mai 2006 à Genève, le Prix mondial de la Société de l’information lui est décerné. En 2008, il reçoit à Chicago une distinction au cours d’une cérémonie où le journaliste sénégalais Souleymane Jules Diop se fait agresser par sa garde rapprochée. Le 24 juin 2008, Abdoulaye Wade, président de la République du Sénégal, se voit décerner le Prix International des Communications de l’Université Paris-Dauphine. Les 26 et 27 octobre 2012, l’ancien président sénégalais a reçu deux prix : le prix Douta Seck, du nom d’un grand comédien, dramaturge sénégalais, et le trophée de «  L’Homme africain de l’année 2012/2013 » décerné dans le cadre de la remise du prix Les Mariannes de la République. Ces deux distinctions succèdent à celle qu’il a reçue le 23 septembre dernier. Il s’agit du Prix du Leadership africain que lui a décerné le Forum pour la renaissance africaine (Fora). Honoris Causa En plus de ces nombreux prix et décorations, Abdoulaye Wade a été élevé au rang de Citoyen d'honneur de la ville de Lyon et a reçu le titre docteur honoris causa de  plusieurs universités notamment celui de l'Université de Lyon le 19 mars 2005. Il est également docteur honoris causa de l'Université de Franche-Comté. L’Académie royale de l’Université de Rabat (Maroc) a élevé le président Abdoulaye Wade au rang de docteur honoris causa. Il a été également fait Docteur honoris causa de l’Université Mohammed V de Rabat. Titre accordé pour la première fois à une personnalité étrangère. Le 21 octobre 2002, Me Abdoulaye Wade est fait Docteur Honoris Causa de l'Université d'Auvergne sur invitation de M. Patrick Guillaumont, président du Centre d'étude et de recherche sur le développement international. Le 30 mars 2009, Abdoulaye Wade reçoit le titre de docteur honoris causa de la Faculté de droit de Montpellier. « Imposture » Le prix Douta Seck décerné le 26 octobre dernier a soulevé un volet de bois vert. Un collectif d’intellectuels s’est insurgé contre cette énième distinction. Des personnalités parmi lesquelles, la militante de la société civile, Penda Mbow, la critique littéraire et chercheuse (université de Dakar) Lilyan Kesteloot, l’ancien député et conseiller d’Abdou Diouf, Christian Valentin, ont initié une pétition contre la remise de ce prix à Me Wade. A leurs yeux, «Wade est une imposture à dénoncer». Faisant le procès des douze ans de règne d’Abdoulaye Wade à la tête du pays, le collectif a noté que les actions du président sortant auraient mis le Sénégal à genoux, avant de passer le témoin à son successeur Macky Sall. Ils dénoncent la précarité, voire le marasme économique dans lequel se trouve le Sénégal, relevant que le taux de croissance qui était, en moyenne, de 5%, de 1995 à 2000, est tombé à 3,5 %.
«N’a-t-il pas fait de l’argent le moyen de son influence et le critère suprême de son action, avec comme conséquences toutes les dérives qui s’y attachent ? N’a-t-il pas affaibli l’Etat, lui faisant perdre sa vocation initiale qui est d’incarner les valeurs de la République ? N’a-t-il pas transformé un pouvoir légitimé par le suffrage universel en pouvoir personnel ? N’a-t-il pas mis l’ordre public en danger, en affichant sa préférence confrérique, n’eût été la sagesse du peuple sénégalais qui a subi sans broncher les atteintes à la laïcité constitutionnellement affirmée » ?
Autant d’impairs qui font dire à ce collectif que l’ancien Président ne mérite pas pareil honneur. Arnaque et Manipulation Ces distinctions qui se succèdent ne font pas que des heureux. Absent de la cérémonie de remise du prix du Leadership africain, le dernier Premier ministre du gouvernement de Wade, Souleymane Ndéné Ndiaye, s’est indigné du fait que des inconnus trompent l'ancien président.
«J’ai refusé de participer à la cérémonie qui est une mascarade. C’est un simulacre de décoration, un prix bidon décerné par des gens qui ne représentent rien sinon que leur propre personne. Je ne participe pas à une telle mascarade. Il faut arrêter de berner le Président Wade qui n’a pas besoin de ce genre de prix. Il a plutôt besoin de se reposer et de penser à faire autre chose que d’être entre les mains de manipulateurs qui ne cherchent qu’à lui pomper son argent. Je ne suis pas d’accord avec cela et on ne m’y verra jamais. Allez demander à ces gens pourquoi l’Unesco a tenu à se démarquer de ce prix», avait-t-il déclaré dans les médias sénégalais.
Abdoulaye Wade ne semble pas tirer les leçons de la mésaventure du héros de Ferdinand Oyono. Son ancien Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye dit haut ce que beaucoup pensent tout bas:
"Les initiateurs de ces prix veulent tout simplement lui soutirer de l'argent".
Mais comme tout flatteur vit au dépens de celui qui l'écoute, ces prix factices ont de beaux jours devant eux. Surtout avec un Abdoulaye Wade qui ne semble pas vouloir se faire oublier.

Slate Afrique

La rédaction de Slate Afrique.

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