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RDC: l'armée annonce une offensive contre les rebelles rwandais

Après plusieurs semaines de pressions internationales, l'armée congolaise a annoncé jeudi le lancement d'une offensive contre les rebelles hutu rwandais dans l'est de la République démocratique du Congo, mais sans la participation attendue des Casques bleus.

"Nous lançons ce jour de nouvelles opérations contre les FDLR" (Forces démocratiques de libération du Rwanda), a déclaré à la presse le chef d'état-major des Forces armées de la RDC (FARDC), le général d'armée Didier Etumba. Il s'exprimait à Beni, dans le nord du Nord-Kivu, province de l'est du pays déchirée par les conflits armés depuis plus de 20 ans.

"C'est une opération des FARDC", a ajouté le général Etumba.

La Mission de l'ONU dans le pays (Monusco) a confirmé ne pas être partie prenante dans cette opération, attendue depuis la fin d'un ultimatum lancé aux FDLR pour désarmer, qui a expiré début janvier.

"Ce n'est pas une opération conjointe FARDC-Monusco, tout a été planifié par les FARDC", a souligné le général de corps d'armée brésilien Carlos Alberto dos Santos Cruz, commandant de la Force militaire de la Monusco.

Les FDLR compteraient aujourd'hui 1.500 à 2.000 combattants disséminés dans les montagnes boisées de l'est congolais, frontalier du Rwanda et du Burundi. Plusieurs chefs de la milice sont accusés d'avoir participé au génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda et sont recherchés par la justice internationale et par Kigali.

Bien qu'elles n'aient lancé aucune attaque d'envergure contre le Rwanda depuis les années 2000, les FDLR sont toujours considérées par Kigali comme "la menace la plus grave" pour la paix régionale. Kinshasa suspecte son voisin rwandais de ne pas souhaiter voir disparaître cette menace et de s'en servir comme prétexte pour intervenir en territoire congolais.

Le président congolais Joseph Kabila était sous forte pression internationale depuis plusieurs semaines pour donner son feu vert au plan d'opération conjoint établi par les FARDC et la Monusco. Cependant, selon une source militaire, le chef de l'Etat n'a pas signé l'ordre d'attaquer conformément à ce plan.

 

- 'Un show' -

 

En route pour Addis Abeba, où doit avoir lieu vendredi et samedi un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union africaine (UA), le chef de la Monusco, Martin Kobler, a néanmoins déclaré à l'AFP avoir assuré le général Etumba du "plein soutien (opérationnel et logistique) de la Monusco".

Mais un haut fonctionnaire de l'ONU a fait part de sérieux doutes sur l'opération annoncée.

"Nous pensons que l'opération n'est pas mûre. Pour une opération de dimension suffisante, il faut une préparation correcte (...) Je crains que les FARDC partent comme des fusées, sans un guidage très sûr".

"Le soutien technique, logistique de la Monusco a toujours fait la différence jusqu'ici", a-t-il fait valoir.

Le gouvernement congolais et la communauté internationale avaient donné jusqu'au 2 janvier aux combattants FDLR pour déposer les armes et se rendre, faute de quoi ils s'exposeraient à un désarmement forcé. Mais le groupe rebelle n'a pas répondu à cette injonction.

L'annonce de l'offensive, à la veille du sommet de l'UA où la question de la stabilisation de l'est de la RDC sera abordée, n'est sans doute pas exempte d'arrières-pensées, estime un diplomate à Kinshasa.

"Cela permet aux Congolais de dire: +regardez, nous faisons quelque chose+, et accessoirement cela détourne l'attention de ce qui s'est passé à Kinshasa la semaine dernière", dit ce diplomate. Une allusion aux violences meurtrières provoquées par un projet de loi électoral controversé, et toujours susceptible, dans sa version votée dimanche, d'entraîner un report de la présidentielle prévue pour 2016.

Plusieurs experts et diplomates doutent toujours de la détermination de Kinshasa à lutter contre les FDLR.

"Ce n'est pas une offensive, c'est un show qu'on va nous faire, et qui n'aura rien à voir avec ce qui était prévu", prédit un observateur militaire.

Les membres les plus anciens des FDLR sont présents en RDC depuis 1994 et la prise du pouvoir à Kigali par l'actuel président Paul Kagame, qui mit fin au génocide.

La milice est régulièrement accusée de pillages et d'atrocités et de se livrer à de juteux trafics (or, charbon de bois...) avec la complicité de certains officiers congolais.

 

AFP

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