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REUTERS/Pilar Olivares
REUTERS/Pilar Olivares

Ces cheveux qui viennent de Chine (et que les Africaines se disputent)

Elles font le long voyage vers l'empire du Milieu pour se procurer des extensions de cheveux à l'origine souvent incertaine.

Il y a deux endroits, à Guangzhou, dans le sud de la Chine, où l’on est sûr de croiser des Africains. Dans le quartier de Xialei Beilu, rebaptisé «Chocolate City» depuis qu’il a connu un afflux massif de Nigérians, Maliens, Guinéens, Sénégalais et autres Ghanéens; et au marché international de la beauté du centre-ville. Là, entre les flacons de parfum et les lotions pour la peau, se trouve une boutique dont la clientèle est exclusivement composée d’étrangers. Seuls les vendeurs sont Chinois indique ThinkAfricaPress.

À première vue, l’échoppe ne paye pas de mine. Mais son produit phare a pourtant quelque chose de singulier: il s’agit de perruques. Des touffes de cheveux que l’on s’arrache. Au milieu d’une tonne de mèches brunes, Marie, une jeune Ougandaise de passage dans cette métropole, est en pleine négociation.

«Quand je rentrerai à Kampala, je pourrai vendre ces cheveux pour trois fois leur prix, mais je dois en acheter suffisamment pour rembourser mon billet d’avion», confesse-t-elle sans se départir de son air sévère. En face, la vendeuse paraît tout aussi renfrognée. En dépit des efforts de Marie pour faire baisser le prix des mèches brésiliennes, cette dernière n’en démord pas: c’est cinq mille yuans ou rien.

Trois heures plus tard, les pourparlers n’ont guère avancé: «Quatre mille neuf cent cinquante yuans, et c’est mon dernier prix», vocifère la commerçante. Après encore une heure à ergoter, Marie partira de la boutique les mains vides.

«Les Chinois fonctionnent ainsi. Ils n’aiment pas négocier. Ils ne traitent pas bien leurs clients. Dans la culture africaine, nous négocions, nous parlons, mais ici, ils sont stricts. C’est comme ça qu’ils perdent des clients. Bientôt j’irai au Vietnam, leurs prix sont moins élevés, se console Marie, avant de reprendre. Beaucoup de mes amis sont au Vietnam, c’est très bon marché. J’aime la Chine, mais c’est devenu trop cher. Mon visa est hors de prix, et la valeur des cheveux est trop élevé.»

Mais la vendeuse chinoise n’est pas disposée à baisser ses prix: 

«C’est un business rentable pour moi, mais le problème est que nous payons plus pour nous fournir que les années précédentes. Les Africains veulent payer le moins possible. Certains magasins ici vendent des mélanges de vrais cheveux avec des synthétiques, afin de faire baisser les coûts. Nous prétendons que c’est du cheveu brésilien, mais c’est souvent du cheveu chinois, voir des poils de chèvres [...] Pour les acheteurs africains, il ne s’agit pas tellement d'une question de prix. Parfois, je fixe le prix beaucoup plus haut pour les laisser négocier. Tant qu’ils pensent avoir négocié, ils achèteront.»

Lu sur ThinkAfricaPress

Slate Afrique

La rédaction de Slate Afrique.

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