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Le demi-frère du président togolais nie avoir fomenté un coup d'Etat en 2009


Kpatcha Gnassingbé (C) à son arrivée au tribunal de Lomé, le 1er septembre 2011 AFP/Archives Emile Kouton

 Le demi-frère du président togolais Faure Gnassingbé, Kpatcha Gnassingbé, accusé d'avoir fomenté un coup d'Etat déjoué en 2009, a dénoncé mercredi une "machination pure et simple" et nié les faits qui lui sont reprochés, devant la Cour suprême à Lomé.

"Je ne reconnais pas les faits. Cette affaire de coup d'Etat est une machination pure et simple", a déclaré Kpatcha Gnassingbé, qui s'exprimait publiquement pour la première fois depuis son arrestation il y a plus de deux ans.

Ancien ministre de la Défense âgé de 41 ans, il est l'un des nombreux fils du général Gnassingbé Eyadema qui régna d'une main de fer sur le Togo pendant 38 ans. Il est accusé d'avoir voulu renverser Faure Gnassingbé, à la tête du pays ouest-africain depuis la mort de leur père en 2005.

Les circonstances de ce putsch présumé, en avril 2009, alors que le président s'apprêtait à se rendre en Chine, restent obscures.

Un raid nocturne avait été mené contre le domicile de Kpatcha Gnassingné à Lomé, officiellement pour arrêter des personnes soupçonnées d'"atteinte à la sûreté de l'Etat". Quelques jours plus tard, il est arrêté devant l'ambassade américaine où il tentait de trouver refuge.

Et deux jours plus tard, le président, qui n'a jamais cité le nom de son demi-frère dans cette affaire, a remercié des "pays étrangers et amis" pour avoir prévenu Lomé "de l'imminence" du coup d'Etat.

 Kpatcha a affirmé mercredi avoir été piégé par des officiers.

Une source togolaise l'a "informé le 30 mars 2009 que certains officiers dont l'actuel chef d'état-major Atcha Titikpina préparaient un soulèvement. J'ai aussitôt informé mon frère Faure", a-t-il déclaré.

Quelques jours plus tard, la source lui aurait dit "c'est prêt, on passe a l'acte". "Je ne comprenais plus rien (...) mon domicile est attaqué. J'ai finalement compris que j'ai été piégé par certains officiers", a-t-il poursuivi.

Evoquant le raid contre sa maison, Kpatcha Gnassingbé a dénoncé une "tentative d'assassinat". "Ils ont voulu me tuer", a-t-il dit à la Cour.

Certains observateurs se sont demandés s'il y a réellement eu une tentative de coup en avril 2009. Soulignant des rivalités entre le président et Kpatcha, des analystes ont estimé que l'affaire s'apparentait avant tout à des règlements de compte familiaux.

Au sujet de ses rapport avec son demi-frère président, Kpatcha a déclaré: "Même après mon départ du gouvernement (en 2007, ndlr), j'ai gardé le contact avec mon frère, car je l'appelais. Je lui ai même dit de m'appeler chaque fois qu'il y a quelque chose".

Trente-deux personnes sont jugées dans ce procès qui s'est ouvert le 1er septembre, parmi lesquelles un autre demi-frère du chef de l'Etat, Essolizam Gnassingbé, et le général à la retraite Assani Tidjani, ancien chef d'Etat-major des Forces armées togolaises.

Appelé à la barre mardi, Essolizam a également rejeté les faits qui lui sont reprochés. Il a fait état "tensions" au sein de sa famille et affirmé qu'il soupçonnait qu'un coup se préparait, sans confirmer que son demi-frère Kpatcha avait orchestré une tentative de putsch.

Au total treize des inculpés ont été entendus et tous ont nié leur responsabilité.

Plusieurs ont affirmé avoir été torturés au cours de leur détention par l'Agence nationale de renseignement.

Poursuivis pour "tentative d'attentat contre la sûreté de l'Etat, groupement de malfaiteurs, rébellion, violences et complicité", les inculpés encourent jusque la prison à perpétuité.