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Libye: la menace plane sur Bani Walid où sont retranchés les pro-Kadhafi


Des rebelles libyens près dela ligne de front, à Umm Khanfis, à 80 km à l'est de Sirte, le 4 septembre 2011 AFP Eric Feferberg

Des combattants des autorités de transition libyennes menaçaient toujours lundi d'attaquer Bani Walid, où sont retranchées des forces loyales au dirigeant en fuite Mouammar Kadhafi, après un nouvel échec des négociations pour une reddition de la ville.

Après plusieurs jours de discussions avec les chefs de tribus de Bani Walid, une oasis au sud-est de Tripoli, le principal négociateur du côté du Conseil national de transition (CNT), Abdallah Kenchil, a annoncé dimanche soir que les négociations étaient rompues.

Les kadhafistes voulaient venir discuter avec leurs armes, alors que les partisans du CNT viennent discuter à Bani Walid sans leurs armes, a-t-il expliqué aux journalistes au poste de contrôle de Chichan, à quelques dizaines de kilomètres au nord de la ville.

Interrogé sur une éventuelle attaque contre Bani Walid après cet échec, le négociateur en chef a lancé : "Je laisse le commandant (des forces anti-Kadhafi) gérer le problème".

Un haut responsable militaire de Misrata, bastion du nouveau régime au nord-ouest de Bani Walid, a cependant assuré à l'AFP lundi matin que les négociations se poursuivaient. "Il n'y a pas de combat autour de Bani Walid, et il n'y aura pas de combat", a-t-il ajouté, sous couvert d'anonymat.

Les combattants de Misrata avaient cependant annoncé il y a plusieurs jours qu'ils resteraient en retrait de Bani Walid, à cause d'un vieux contentieux tribal existant entre la ville côtière et l'oasis.

En revanche, ils envoient régulièrement des patrouilles dans le désert autour de la ville. Vendredi, des observateurs ont repéré "un grand convoi" de véhicules pro-Kadhafi arrivant à Bani Walid. Et dans la nuit de samedi à dimanche, "une partie du convoi est repartie vers le sud", pour une destination inconnue dans le désert, selon un chef de brigade à Misrata.

Selon M. Kenchil, Mouammar Kadhafi, certains de ses fils et nombre de ses proches sont passés par Bani Walid ces derniers jours, mais beaucoup "se sont échappés", à l'exception notable de deux fils Kadhafi, Saadi et Mouatassim.

Interrogé dimanche soir par téléphone par CNN, Saadi Kadhafi a déclaré qu'il se trouvait aux alentours de Bani Walid, mais "un peu en dehors", et qu'il n'avait pas vu son père depuis deux mois.

Ancien footballeur qui a ensuite fait carrière dans l'armée, Saadi Kadhafi a précisé qu'il était "neutre" dans le conflit, et accusé son frère Seif al-Islam d'être responsable de l'échec des négociations avec l'ancienne rébellion en raison d'un discours "agressif".

Au poste de Chichan, les combattants pro-CNT, pour beaucoup originaires de Bani Walid, étaient impatients d'entrer dans la ville. Samedi, le président du CNT, Moustapha Abdeljalil, avait pourtant répété que tous les partisans de Mouammar Kadhafi avaient jusqu'au 10 septembre pour déposer les armes, y compris à Bani Walid.

Des civils ayant fui Bani Walid ont rapporté que beaucoup de combattants pro-Kadhafi avaient quitté la ville, où les magasins étaient fermés, sans essence ni gaz. Selon les combattants de Misrata, l'électricité a également été coupée.

Les négociations se poursuivaient en revanche à Syrte, autre bastion des fidèles à Mouammar Kadhafi désormais cerné par les pro-CNT, même si l'Otan a annoncé avoir continué ses frappes sur la zone ces derniers jours.

Sur le front est de la ville, la guerre a pris depuis une semaine la forme d'un jeu du chat et de la souris fait de brefs échanges d'artilleries et raids d'éclaireurs, selon un journaliste de l'AFP.

"Nous avons reçu l'ordre de ne pas bouger tant que les négociations se poursuivent, soit jusqu'à samedi prochain", a expliqué à l'AFP le commandant Moustapha Bendardaf, cachant à peine sa mauvaise humeur de devoir ainsi brider l'avancée de ses hommes.

A Tripoli, où l'ensemble du CNT doit s'installer dans les prochains jours, le "ministre" de la Défense Jallal Dghaili est arrivé dimanche en provenance de Benghazi, berceau de la rébellion, à la tête d'une importante délégation.

Le nouveau commandant militaire de la capitale, Abdelhakim Belhaj, a demandé lundi des excuses au Royaume-Uni et aux Etats-Unis après la découverte de documents montrant qu'alors qu'il était un opposant recherché, ces deux pays l'ont livré en 2004 au régime de Kadhafi, qui l'a soumis à la torture.

Dans ses efforts pour assurer au plus vite un retour à la normale dans la capitale, le nouveau pouvoir a aussi annoncé que l'eau courante serait rétablie "dans les prochains jours" à Tripoli, qui souffre de graves pénuries en ce domaine", le conduit acheminant l'eau des nappes souterraines du désert vers les zones côtières étant désormais sous contrôle.

 Les nouvelles autorités ont aussi annoncé qu'elles allaient enquêter sur des informations de presse selon lesquelles la Chine aurait proposé d'importantes quantités d'armes en juillet à Mouammar Kadhafi, ce que Pékin a démenti lundi.