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Sénégal: la visite du président Wade en Gambie redonne espoir pour la paix en Casamance


Le président sénégalais Abdoulaye Wade, le 19 juillet 2011 à Dakar AFP/Archives Moussa Sow

Le président sénégalais Abdoulaye Wade a invité lors d'un séjour récent à Banjul son homologue et voisin Yahya Jammeh à s'impliquer dans la recherche de la paix en Casamance (sud du Sénégal), suscitant l'espoir dans cette région en proie à une rébellion armée depuis 1982.

"Le voyage du président Abdoulaye Wade en Gambie donne de l'espoir" pour la paix en Casamance, affirme Moussa Cissé, secrétaire général de l'Association des cadres casamançais, un organe impliqué dans le processus de paix.

"Les retrouvailles ont provoqué un réel espoir de paix en Casamance. La Gambie, par sa position géographique, s'érige comme un pays incontournable dans le processus de recherche d'une solution définitive à la crise", écrivait le quotidien WalFadjri (privé), après cette visite de M. Wade à Banjul le 16 août.

La Gambie, enclavée dans le Sénégal à l'exception de sa façade atlantique, sépare le Sénégal de la Casamance où le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC, rébellion armée) se bat depuis 1982 pour l'indépendance.

Des officiels sénégalais soupçonnent ce voisin anglophone de servir de zone de repli aux rebelles du MFDC et d'être de connivence avec Salif Sadio, un chef militaire rebelle irréductible, ce que Banjul a toujours démenti.

Le Sénégal a rompu le 23 février ses relations diplomatiques avec l'Iran, qu'il a accusé d'armer la rébellion indépendantiste via la Gambie qui avait également démenti toute implication dans cette livraison d'armes.

La Gambie a ces dernières années abrité plusieurs négociations de paix entre Dakar et le MFDC, deux parties dont les derniers pourparlers remontent en février 2005, après la signature en décembre 2004 d'un accord de paix qui n'a pas arrêté les violences d'un conflit qui a déjà fait des milliers de morts.

"J'ai fait ma part pour mettre fin à la crise en Casamance, en vain. Le Sénégal et la Gambie sont un seul peuple, c'est pourquoi je veux que mon frère, le président Jammeh, intervienne pour qu'il y ait la paix en Casamance", avait déclaré M. Wade à Banjul.

"Résoudre la crise en Casamance est dans l'intérêt des deux pays. La Gambie ne sera jamais un refuge pour les dissidents sénégalais", lui avait répondu Yahya Jammeh, en se disant prêt à s'impliquer dans cette mission à l'issue du ramadan.

"L'implication de la Gambie pourrait permettre de convaincre Salif Sadio de participer au processus de paix et aux retrouvailles inter-MFDC" alors que ce mouvement rebelle est divisé en plusieurs factions politiques et militaires, estime Moussa Cissé.

Pour lui, cette implication "est nécessaire mais pas suffisante. Il faut aussi celle de la Guinée-Bissau", autre pays frontalier du Sénégal et qui abrite des bases de factions du MFDC favorables à la paix.

Et ces dernières années, l'essentiel des combats entre l'armée et les maquisards et les violences contre les civils sont survenus près de la frontière gambienne. Il reste que des milliers de réfugiés sénégalais sont encore en Gambie et en Guinée-Bissau.

Des chefs rebelles, eux, se montrent sceptiques.

Pour le secrétaire général du MFDC, Jean-Marie François Biagui, "le président Abdoulaye Wade n'est aucunement mû, dans son +excursion+ diplomatique à Banjul", par "la moindre once de je ne sais quel souci de paix en Casamance".

"Seuls ses problèmes de l'heure, au Sénégal, le poussent à vouloir distraire l'opinion depuis Banjul", ajoute M. Biagui.

Le voyage de M. Wade à Banjul, "c'est du bluff. Avant d'aller en Gambie, (Wade) n'a qu'à libérer" les membres du MFDC "qui sont à la prison de Ziguinchor (principale ville de Casamance) d'abord", a dit Abdou Elinkine Diatta, porte-parole d'une faction du Mouvement.