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Ethiopie: Abiy Ahmed, du vent du changement au tourbillon de la guerre

Son arrivée au pouvoir en 2018 avait fait souffler un vent de changement en Ethiopie, consacré par le Nobel de la Paix. Aujourd'hui, le Premier ministre Abiy Ahmed est embourbé dans une guerre de huit mois au Tigré, dont les atrocités suscitent la réprobation internationale.

Alors qu'il se prépare à entamer un nouveau mandat après la victoire écrasante de son parti aux élections du 21 juin, lui apportant l'onction populaire qui lui faisait défaut, l'enthousiasme qui accompagnait sa nomination il y a trois ans se trouve considérablement amoindri.

Bien que le scrutin n'ait pu avoir lieu dans environ un cinquième des circonscriptions, M. Abiy s'affiche droit dans ses bottes, assurant samedi que "ces élections seront considérées comme historiques".

Tout est question de perception, affirmait-il en avril devant ses partisans, comparant le pays à un enfant de la campagne désorienté lors de son premier trajet en voiture. 

Agé de 44 ans, Abiy fut lui aussi un enfant de la campagne.

Né à Beshasha (Ouest) d'un père musulman et d'une mère chrétienne, il a raconté avoir dormi par terre dans une maison sans électricité, ni eau courante.

Adolescent, fasciné par la technologie, il rejoint l'armée en tant qu'opérateur radio.

Dans son discours de prix Nobel en 2019, il avait décrit son expérience de la sanglante guerre frontalière de 1998-2000 avec l'Érythrée, où son unité avait été anéantie par une attaque d'artillerie érythréenne pendant qu'il avait quitté la tranchée pour chercher une meilleure réception radio. 

Devenu lieutenant-colonel, il prendra en 2008 la direction de la toute nouvelle Agence de sécurité des réseaux d'information, l'organe de cyberespionnage éthiopien.

- De l'uniforme au costume -

En 2010, il troque l'uniforme pour le costume de député, puis de ministre des Sciences et Technologies en 2015.

Un mouvement de protestation contre la coalition au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), agite alors les deux principales communautés du pays, les Oromo et les Amhara. Bien que violemment réprimé, ce mouvement aboutira à la démission du Premier ministre Hailemariam Desalegn en avril 2018.

Aux abois, l'EPRDF désigne Abiy Ahmed pour sauver la situation, faisant de lui le premier Oromo à devenir Premier ministre.

Ce père de famille - il a eu trois filles avec sa femme Zinash Tayachew avant d'adopter un garçon en août 2018 - offre alors l'image d'un dirigeant jeune et ouvert.

Il initie de profonds changements et plaide pour l'unité de l'Ethiopie.

En six mois, il conclut la paix avec l'Erythrée, fait relâcher des milliers de dissidents, s'excuse publiquement des violences des forces de sécurité et accueille à bras ouverts les membres exilés de groupes qualifiés de "terroristes" par ses prédécesseurs.

Mais il est rattrapé par les violences ethniques persistantes, y compris dans son Oromia natale. 

- Conflit avec le TPLF -

Dans la région septentrionale du Tigré, la tension avec les autorités locales atteint un point de non-retour. 

Le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui avait dominé la vie politique nationale avant l'arrivée au pouvoir de M. Abiy, et dirige la région, l'a régulièrement accusé de le marginaliser.

Après des mois de tensions croissantes, Abiy envoie ses troupes au Tigré, après avoir accusé le TPLF d'avoir attaqué des bases de l'armée fédérale.

Il promet une victoire rapide mais, huit mois plus tard, le conflit fait toujours rage. Les forces pro-TPLF ont repris la majorité du Tigré et les preuves de massacres et de viols de civils se sont accumulées, tandis que sévit la famine.  

L'"Abiymania" de 2018 s'est dissipée.

Le Premier ministre se voit reprocher de se concentrer sur l'embellissement de la capitale et la médiation des conflits à l'étranger, plutôt que sur la situation intérieure.

Il est également accusé d'avoir adopté le même autoritarisme que ses prédécesseurs, cautionnant des arrestations de masse et des abus des forces de sécurité.

Ses adversaires l'attaquent publiquement.

Pour Merera Gudina, un dirigeant de l'opposition en Oromia dont le parti boycottait les élections, M. Abiy "se comporte comme un enfant perdu à un carrefour. Cet enfant ne peut pas revenir sur ses pas parce qu'il ne sait pas d'où il vient et il ne peut pas continuer son chemin parce qu'il ne sait pas où il va".

Mais le Premier ministre peut compter sur le soutien indéfectible de certains partisans.

Au début de la guerre au Tigré, des dirigeants formulaient ainsi publiquement une proposition déroutante: envisager de récompenser ses efforts pour résoudre le différend avec le TPLF par un "deuxième prix Nobel".

AFP

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