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Sierra-Leone: un projet de port de pêche financé par la Chine fait des vagues

Un mouvement de protestation a vu le jour ces dernières semaines en Sierra Leone contre un projet de port industriel financé par la Chine, qui, selon les communautés locales, menace de détruire des zones de forêt vierge et de plages paradisiaques.

Niché le long de l'Atlantique à environ 35 km au sud de la capitale Freetown, le village de Black Johnson a des airs de carte postale, avec son lagon aux eaux turquoises, ses plages de sable noir et or et ses palmiers abritant chimpanzés et espèces d'oiseaux protégées.

Son rivage constitue aussi un refuge pour les tortues marines, qui reviennent y pondre chaque année.

L'annonce le mois dernier que le gouvernement avait l'intention d'y faire construire un port de pêche a créé l'émoi dans les communautés locales.

Selon le ministère de la Pêche, ce projet, financé à hauteur de 45 millions d'euros par la Chine, pourrait créer des milliers d'emplois.

Reconnaissable à sa coiffure "rasta", Tommy Gbandewa, dit "Tito", propriétaire d'un "lodge écologique" à Black Johnson, mène la résistance au nom de la protection de l'environnement.

"Si les Chinois viennent, ça va vraiment sentir mauvais ici. Les plages vont puer", dit-il à l'AFP.

Malgré un sol regorgeant de diamants, la Sierra Leone est l'un des pays les plus pauvres de la planète. Son économie, gangrenée par la corruption, a été dévastée par une guerre civile atroce (1991-2002) qui a fait quelque 120.000 morts.

La polémique sur la création d'un nouveau port reflète la tension existant entre la volonté de dynamiser l'économie et celle de protéger la nature, alors que le gouvernement a fait du tourisme vert, encore balbutiant, l'une de ses priorités.

- Populations exclues -

Les eaux chaudes de la Sierra Leone sont réputées poissonneuses, mais les communautés locales en profitent peu, dit le ministère de la Pêche.

La plupart des prises faites au large des côtes de la Sierra Leone ont été réalisées par 140 chalutiers étrangers, et les poissons ont été conditionnés et vendus en dehors du pays, avec "peu ou pas de bénéfices pour la Sierra Leone", a indiqué en mai le ministère.

Le futur port vise à restituer une partie de cette manne aux populations locales, se défendent les autorités.

Mais le flou du projet, et la volonté prêtée aux investisseurs chinois de construire également une usine de production de farine de poisson -- ce que dément le gouvernement sierra-léonais -- fait craindre le pire aux habitants.

Les usines de farine et d'huile de poissons sont des causes de nuisances très fréquentes en Afrique de l'Ouest, a souligné il y a quelques jours Greenpeace dans un nouveau rapport.

Non seulement elles ont un effet néfaste sur l'environnement (pollution des eaux, odeurs, surpêche...), mais elles privent des dizaines de millions d'Africains d'une part importante de leur alimentation en destinant les poissons à l'aquaculture européenne et asiatique, ou à l'industrie des cosmétiques, selon l'ONG.

S'il se dit favorable au port, Wudie Bakie Koroma, qui représente un syndicat de pêcheurs artisanaux, exclut en revanche de soutenir le projet s'il inclut une usine de farine de poisson.

- Assurances chinoises -

A Freetown, le conseiller économique et commercial de l'ambassade de Chine, Du Zijun, a tenté de rassurer en démentant formellement qu'une telle usine soit dans les cartons. Il a dénoncé des accusations "sensationnalistes et hypothétiques".

La ministre de la Pêche, Emma Kowa Jalloh, a pour sa part promis des indemnisations aux riverains expropriés: "Nous n'accaparons pas de terres", a-t-elle dit, en insistant également sur les créations d'emplois.

Les habitants ont malgré tout alerté les médias et lancé une pétition. 

Depuis, selon "Tito", la tension est montée à Black Johnson, où des patrouilles armées ont été aperçues. Le patron du "lodge écologique" n'est toutefois pas prêt à céder sur son "droit à la terre".

L'ONG locale Green Scenery exhorte elle aussi le gouvernement à renoncer à son projet. 

"Black Johnson est la seule destination d'écotourisme qu'il reste près de Freetown et elle doit être protégée", explique son directeur, Joseph Rahall.

Tout le monde n'est cependant pas d'accord. Pa Lamin Kargbo, chef traditionnel du village de pêcheurs, souligne que sa communauté aurait bien besoin d'eau courante, d'électricité et d'écoles.

"Nous appelons à une résolution pacifique du problème, pour que tout le monde en sorte gagnant", dit-il.

AFP

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