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"Mieux que rien": les survivants du génocide de 1994 partagés sur le discours de Macron

Pas d'excuses, pas de demande de pardon, mais "c'est mieux que rien": Jean de la Croix Ibambasi, survivant du génocide de 1994 au Rwanda, a accueilli avec une émotion partagée le discours d'Emmanuel Macron admettant les "responsabilités" de la France dans cette tragédie.

Dans sa maison du quartier de Muhima, à Kigali, un de ses fils à ses côtés, cet artisan de 58 ans ne voulait pas rater la retransmission en direct de la visite du président français au Mémorial du génocide de Gisozi, sur les hauteurs de la capitale rwandaise.

Les larmes lui sont montées aux yeux quand Emmanuel Macron a déposé une gerbe devant les dalles sous lesquelles sont enterrés les restes de 250.000 victimes des 800.000 victimes des massacres du printemps 1994. "Mes frères et soeurs sont là", lâche-t-il, des sanglots dans la voix. 

Puis vient le discours du président français. Les mots tant attendus "excuses" et "je vous demande pardon" ne viendront pas. "Je viens reconnaître nos responsabilités", déclare Emmanuel Macron. 

"Il a reconnu le rôle de la France, diplomatiquement, mais il l'a fait quand même. C'est pas comme avant", commente M. Ibambasi: "On voit quelqu'un de sensible à nos soucis, on n'était pas habitués à ça. On était habitués à être piétinés". 

Mais il n'oubliera jamais ce qu'il affirme avoir vu de la France au printemps 1994.

"On se souvient des Français qui allaient sur les barrières, qui travaillaient avec les ex-FAR (les Forces armées rwandaises, ndlr) et qui les aidaient à distinguer les Tutsi et les Hutu", raconte-t-il: "On ne peut pas oublier cela facilement, il faut être clair: ils ont participé, ils ont aidé", assure-t-il.

"C'était le moment de dire pardon, sans passer à gauche, à droite", regrette-t-il. Mais "c'est mieux que rien". 

- Soif de justice  -

La principale association de rescapés Ibuka a également déploré l'absence claire d'excuses, de demande de pardon de la part du président français. 

"Il a essayé d'expliquer le génocide, comment ça s'est passé, ce qu'ils n'ont pas fait, leurs responsabilités (...) C'est très important, ça montre qu'il nous comprend", a toutefois souligné son président Egide Nkuranga.

A Muhima, Marie Grace Mukabyagaju a, elle, apprécié ce "discours plein d'humanité".

"J'ai aimé le ton et les mots qu'il a utilisés, il a bien choisi les mots, ce sont des mots touchants. Même s'il n'y a pas eu le mot +pardon+, quand même il a fait un grand pas. C'est un pas de géant que personnellement j'apprécie énormément", explique cette survivante du génocide aujourd'hui âgée de 59 ans.

Dans sa "famille restreinte", elle a perdu son père et son frère. "Si on ajoute les cousins, les amis, c'est difficile de compter tous ces morts", glisse-t-elle.

"Une page se tourne, une nouvelle s'écrit", espère-t-elle.

Comme tous les rescapés, elle attend beaucoup de l'engagement d'Emmanuel Macron de voir les auteurs de crimes ne "pas échapper au travail des juges". Plusieurs participants présumés au génocide ont trouvé refuge en France. 

"La balle est dans le camp de la France", affirme-t-elle: "L'effort qu'a fait le président Macron, c'est aux instances de la France, à la justice de le mettre en application, de faire leur part de travail".  

AFP

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