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Cinq choses

Les élections en Ethiopie, deux fois reportées, sont désormais prévues le 21 juin, laissant à la commission électorale moins d'un mois pour régler d'immenses obstacles logistiques, exacerbés par la guerre au Tigré (nord) et des violences politico-ethniques.

C'est la première fois que le Premier ministre Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019, affronte les urnes, trois ans après sa nomination.

Voici cinq choses à savoir sur ces élections:

Pourquoi sont-elles si importantes ?

Abiy Ahmed est devenu Premier ministre en avril 2018, après que la coalition autoritaire du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF) l'a désigné pour remplacer Hailemariam Desalegn, poussé à la démission par un puissant mouvement de contestation antigouvernemental.

Bien qu'issu des rangs de l'EPRDF, Abiy a promis de remodeler la politique. Il a fait libérer de prison des milliers de dissidents et permis le retour d'exil de membres de groupes qualifiés de "terroristes" par ses prédécesseurs.

Ces réformes devaient aboutir aux élections les plus ouvertes de l'histoire de l'Éthiopie, rompant avec les précédentes qui, selon les observateurs, ne répondaient pas aux normes internationales. 

Abiy souhaite voir son ambitieux programme économique validé par les électeurs. 

"Il a hérité du pouvoir de l'EPRDF, lui-même issu d'un simulacre d'élection. Pour véritablement innover, rompre vraiment avec l'ordre précédent, il a besoin d'un nouveau mandat populaire pour gouverner", décrypte Awet Weldemichael, expert de la Corne de l'Afrique à l'Université Queen's (Canada). 

Lors de ce scrutin, les Éthiopiens choisiront des parlementaires nationaux et régionaux. Les députés nationaux éliront ensuite le Premier ministre, chef de l'exécutif, et le président, fonction largement honorifique.

Pourquoi un tel retard ?

Les élections étaient initialement prévues en août 2020. Elles ont été reportées une première fois en raison de la pandémie de coronavirus. Une nouvelle date avait été fixée au 5 juin 2021. 

Mais en avril, la présidente de la commission électorale, Birtukan Mideksa, indiquait que seulement la moitié des 50.000 bureaux de vote du pays étaient opérationnels et que seulement 200.000 personnes étaient inscrites sur les listes électorales dans la capitale Addis Abeba, qui compte cinq millions d'habitants.

Malgré des chiffres en forte augmentation, Mme Birtukan a déclaré le 15 mai qu'il serait impossible de tenir les élections le 5 juin, invoquant la finalisation de l'enregistrement des électeurs, la formation du personnel électoral ainsi que l'impression et la distribution des bulletins de vote.

Qui participe?

Pas les quelque six millions d'habitants du Tigré. 

L'opération militaire lancée début novembre par Addis Abeba ne devait durer que quelques semaines, le temps de renverser les autorités dissidentes de cette région issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). 

Six mois plus tard, Addis Abeba a pris le contrôle de la région mais les principaux dirigeants du TPLF sont en fuite, des combats sont toujours signalés et le conflit a déclenché une crise humanitaire alarmante. 

Par ailleurs, des violences politico-ethniques meurtrières ont entravé la préparation du scrutin: les opérations d'enregistrement des électeurs n'ont pu se tenir dans certaines zones des régions Amhara, Oromia et Benishangul-Gumuz.

Selon la commission électorale fin mai, ce sont 40 circonscriptions (sur 673) qui ne voteront pas le 21 juin, en raison de l'insécurité et de soupçons d'irrégularités. 

La commission a toutefois assuré que ces électeurs seraient appelés à voter ultérieurement, avant le début de la nouvelle session du parlement en octobre.

Quels sont les défis?

Même en temps normal, organiser des élections dans de bonnes conditions demeure une gageure dans un pays d'1,1 million de km2 aux infrastructures déficientes et comptant plus de 110 millions d'habitants.

Selon plusieurs sources diplomatiques, la commission électorale a pâti d'une aide logistique habituellement fournie par l'armée, dont les ressources sont accaparées par la guerre au Tigré.

Et de l'aveu même de la commission, il faut encore recruter et former 100.000 agents électoraux pour assurer les opérations de vote le 21 juin.

L'Ethiopie tente par ailleurs d'enrayer l'épidémie de Covid-19. Le pays a enregistré près de 270.000 cas et n'a pour le moment reçu qu'une faible quantité de vaccins, représentant à peine 1% de la population.

Qui est favori?

Le Parti de la Prospérité de M. Abiy est celui qui présente le plus de candidats sur l'ensemble du territoire et le Premier ministre est largement pressenti pour remporter l'élection.

Dans la région d'Oromia, la plus peuplée du pays, d'importants partis d'opposition comme le Congrès fédéraliste oromo (OFC) boycottent le scrutin, dénonçant l'arrestation de certains de leurs candidats ou la mise à sac de leurs bureaux.

Plusieurs figures de l'opposition sont actuellement derrière les barreaux, notamment Eskinder Nega du parti Balderas et Jawar Mohammed de l'OFC.

Dans la région d'Amhara, le Parti de la Prospérité sera confronté au Mouvement national pour les Amhara (opposition), qui accuse le gouvernement d'avoir échoué à protéger les Amhara tués dans des violences interethniques.

AFP

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