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Le chef de l'Eglise orthodoxe éthiopienne accuse le gouvernement de vouloir "détruire" le Tigré

Le gouvernement veut "détruire le Tigré", "effacer les Tigréens de la surface de la Terre": le chef de l'Eglise orthodoxe éthiopienne a lancé samedi de rares et fortes accusations contre les autorités de son pays, qui mènent une opération militaire dans cette région.

Cette déclaration enregistrée par le patriarche Abune Mathias, lui-même originaire du Tigré, a été diffusée après avoir été acheminée hors d'Éthiopie par un de ses amis, car ses précédentes tentatives de s'exprimer sur le conflit ont été "étouffées et censurées", affirme-t-il.

Il s'agit d'une des rares critiques publiques formulées par une personnalité éthiopienne de premier plan sur le conflit, qui oppose depuis novembre 2020 l'armée fédérale aux forces fidèles au parti au pouvoir autrefois dominant du Tigré, le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). 

"Ils travaillent jour et nuit à détruire le Tigré. Ils n'ont aucun répit quand il s'agit d'anéantir les Tigréens", accuse, en langue amharique, Abune Mathias dans cette vidéo de 14 minutes visionnée par l'AFP.

"Dans toutes les parties du Tigré, il y a des massacres. Ils veulent effacer les Tigréens de la surface de la Terre", dénonce-t-il.

Début novembre, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019 pour avoir résolu le conflit avec l'Erythrée, a envoyé l'armée fédérale au Tigré pour arrêter et désarmer les dirigeants du TPLF, qui a longtemps dominé le pays tout entier, qu'il accuse d'avoir orchestré des attaques contre des bases militaires.

Le dirigeant a toujours affirmé que l'armée ciblait le TPLF et non les civils. Mais de nombreuses exactions contre les civils, dont des massacres et des viols collectifs, ont été rapportées et documentées. 

- "Meurtre d'innocents" -  

Selon de nombreux témoins et survivants, elles ont été menées par des soldats éthiopiens et des troupes venues de l'Érythrée voisine.

Abune Mathias dénonce ce "massacre de personnes, en particulier le meurtre d'innocents". 

Il déplore également les dégâts causés aux célèbres monastères orthodoxes du Tigré, ainsi que les massacres perpétrés sur des terres appartenant à l'Église, notamment dans la ville de Dengolat.

Lors d'une visite de l'AFP à Dengolat en février, des prêtres s'étaient dits déçus que les dirigeants orthodoxes n'aient pas dénoncé les violences, évoquant l'hypothèse qu'ils craignaient pour leur sécurité.

Une des plus anciennes Eglises chrétiennes au monde, l'Eglise orthodoxe est une institution influente dans ce pays de la corne de l'Afrique.

La communauté orthodoxe est la plus grande communauté religieuse d'Éthiopie, représentant plus de 40% des 110 millions d'habitants.

Abune Mathias affirme avoir déjà tenté de dénoncer la guerre, notamment dans des interviews, mais qu'il en a été empêché par le gouvernement. 

- Messages "étouffés" -

"J'ai parlé et ils l'ont étouffé. J'ai de nouveau parlé et ils l'ont étouffé. Jusqu'à présent, je n'ai pas eu l'occasion d'exprimer mon message dans les médias", a-t-il déclaré. 

Cet enregistrement a été réalisé le 26 avril par Dennis Wadley, ami d'Abune Mathias et directeur de l'ONG américaine Bridges of Hope International, lors d'un voyage en Ethiopie. 

"Le patriarche m'a demandé de ne pas la publier tant que je ne serais pas hors du pays, de retour aux États-Unis", a-t-il expliqué.

Un responsable orthodoxe a confirmé à l'AFP l'authenticité de l'enregistrement.

M. Abiy a proclamé la victoire fin novembre après la prise de la capitale régionale Mekele, et son gouvernement rappelle régulièrement que la région revient progressivement à la normale.

"Des progrès significatifs" ont été accomplis, affirme un communiqué officiel samedi, rappelant que "le gouvernement poursuit son engagement à reconstruire le Tigré et à faire en sorte que ses citoyens soient suffisamment approvisionnés".

Mais les combats se poursuivent, et la communauté internationale s'alarme de la situation. Le secrétaire d'État américain Antony Blinken a notamment mis en garde le mois dernier contre un "désastre humanitaire" imminent.

Face au nombre croissant de civils menacés par la faim et aux combats qui persistent, Abune Mathias "appelle les dirigeants internationaux à trouver un moyen d'arrêter cela immédiatement".

AFP

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