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Mozambique: l'exode continue dans le nord, sécurité précaire

Six semaines après l'attaque de groupes armés jihadistes contre Palma, dans l'extrême nord du Mozambique, des centaines de réfugiés épuisés continuent à fuir à pied ou en bateau, alors que la situation sécuritaire reste fragile. 

Des incidents constants, ici et là, viennent perturber une paix incertaine, racontent témoins et ONG présentes dans la province pauvre du Cabo Delgado, frontalière de la Tanzanie. 

Après l'attaque surprise et plusieurs jours de combats qui ont suivi fin mars, faisant des dizaines de morts, la gouvernement avait annoncé que l'armée avait repris le dessus et rétabli le calme. Pas si clair, affirment de nombreux acteurs de terrain. 

Parmi les milliers d'habitants partis dans la précipitation, beaucoup ont trouvé refuge chez des proches ou dans des camps de réfugiés, d'autres continuent à errer. A Pemba, capitale de la province, des bateaux affluent encore. 

"Maintenant que j'ai quitté Palma, je respire", confie à l'AFP Viaze Juma, 34 ans, mère de quatre enfants, arrivée vendredi de la presqu'île d'Afungi, où des milliers de déplacés se sont massés après l'attaque contre Palma, à proximité du site gazier piloté par Total où toute activité a désormais été suspendue. 

De 30.000 la semaine dernière, le nombre de personnes déplacées a désormais dépassé les 36.000, selon l'OIM: "Ça empire de jour en jour", souligne auprès de l'AFP sa responsable au Mozambique Laura Tomm-Bonde.

Difficile de se faire une idée précise du terrain à Palma, l'accès aux médias étant strictement contrôlé et restreint. Les communications via téléphones portables, coupées pendant plusieurs semaines, ont pu reprendre. 

Mais l'augmentation constante du nombre des réfugiés corrobore l'impression que la situation est loin d'être pacifiée. 

- Tirs nocturnes -

"La situation à Palma est très instable, il y a régulièrement des tirs la nuit", affirme un humanitaire qui affirme qu'une quarantaine de familles arrivent chaque jour à Mueda et Nangade, dans les terres.

"C'est un endroit où vous ne pouvez pas dormir en pensant que vous allez vous réveiller sans problème", ajoute-t-il sous couvert d'anonymat. 

Des témoins évoquent aussi des incendies de maisons et de marchés. 

Il y a deux semaines, un homme qui était rentré chez lui après avoir fui l'attaque a été retrouvé décapité, selon la police locale. Issa Mohamede, qui habite Pemba, confirme que sa famille restée à Palma évoque "des tirs nocturnes et des maisons incendiées" fin avril. 

"La situation est clairement volatile", assure un humanitaire basé à Pemba, précisant que si "les gens continuent à fuir, c'est parce que ça ne va pas". 

Pour que "des gens abandonnent leur maison" alors qu'aucune attaque n'est en cours, "c'est qu'ils ont de bonnes raisons, ils ne se sentent pas en sécurité", expliquait à l'AFP Jeff Labovitz, directeur des urgences de l'OIM la semaine dernière. 

"Beaucoup de gens continuent à affluer", dans plusieurs camps de déplacés dans un rayon de 200 km au sud-ouest de Palma, confirme un responsable de MSF. 

Des routes restent impraticables en raison de la présence soupçonnée des groupes armés à proximité. "Avec seulement quelques voies d'évacuation possibles, on s'inquiète que des personnes soient empêchées de quitter ces zones", affirmait le Haut commissariat aux réfugiés la semaine dernière. 

Au moins 454 enfants non-accompagnés ont été recensés sur les chemins de l'exode, selon Chance Briggs, directeur de l'ONG Save the Children, qui place certains de ces enfants dans des familles d'accueil.

Avant l'attaque contre Palma fin mars, la province, aux prises avec cette guérilla jihadiste depuis fin 2017, comptait déjà près de 700.000 personnes déplacées.

Le président Filipe Nyusi a promis il y a quelques jours de "rétablir une situation normale" et de mettre fin aux attaques terroristes "barbares" et "malveillantes".

L'expert sécuritaire mozambicain Calton Cadeado, qui suit la situation dans le nord de près, affirme que le centre de Palma, patrouillé par des militaires, est relativement calme mais que certains quartiers périphériques restent "vulnérables". 

Les violences jihadistes dans la région ont déjà fait au moins 2.800 morts, dont près de la moitié de civils, selon l'ONG américaine ACLED. 

AFP

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