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Des milliers d'Algériens dans la rue face

Les Algériens ont de nouveau manifesté vendredi lors de marches du mouvement populaire du Hirak, pour réclamer la fin de "l'injustice et (de) l'oppression" au moment où le régime intensifie sa répression à l'approche d'élections législatives.

Plusieurs milliers de personnes ont participé à la marche hebdomadaire à Alger à partir des quartiers populaires de Belouizdad (ex-Belcourt) et Bab El Oued, fiefs de la contestation, ainsi que de la grande artère Didouche Mourad, a constaté l'AFP.

"Vendredi 114: Stop Violence, Injustice et Répression", pouvait-on lire sur des pancartes, en référence à la 114e semaine de manifestations depuis la naissance du mouvement pro-démocratie le 22 février 2019.

"Violence, injustice et oppression", c'est "le résumé de la semaine", a déclaré un septuagénaire à l'AFP.

Des protestataires ont également demandé la "liberté pour les prisonniers". "Qu'ils jeûnent avec nous!" en ce mois de ramadan, ont-ils crié. 

Soixante-six détenus d'opinion, poursuivis en lien avec le Hirak et/ou les libertés individuelles, sont actuellement incarcérés dans le pays, selon le site spécialisé Algerian Detainees. Plus d'une vingtaine observent une grève de la faim depuis 17 jours. 

Les hirakistes ont défilé au milieu d'un important déploiement des forces de l'ordre dans le centre de la capitale et devant les bâtiments officiels, selon des journalistes de l'AFP.

Mais aucune caméra d'organismes de presse n'a pu filmer le cortège vendredi.

Les marches du Hirak, qui ont repris fin février après un an de suspension à cause de la crise sanitaire, se déroulent dans un climat de répression accrue alors que le pouvoir veut imposer sa "feuille de route" électorale --via des législatives anticipées le 12 juin-- sans tenir compte des revendications de la rue.

"Y a pas d'élections", ont lancé les manifestants vendredi.

- Arrestations -

De leur côté, les autorités continuent de cibler opposants politiques, militants, journalistes et internautes, multipliant poursuites judiciaires et condamnations.

Un journaliste du quotidien francophone Liberté, Rabah Karèche, a été placé cette semaine en détention provisoire et un lanceur d'alerte, Noureddine Tounsi, condamné à un an de prison ferme.

Les forces de sécurité ont arrêté mardi huit personnes accusées d'"activités subversives" au sein d'une association culturelle de Bab El Oued financée, selon la Sûreté nationale, par une ambassade étrangère non identifiée.

Le ministère de l'Intérieur a annoncé jeudi avoir engagé des poursuites judiciaires contre un petit parti d'opposition "non agréé", l'Union pour le changement et le progrès (UCP), qui a décidé de ne pas participer aux élections de juin.

L'UCP a répondu vendredi, dans un communiqué, avoir agi "conformément à la loi régissant les partis politiques".

Ce parti a condamné "ces pratiques qui s'inscrivent dans une volonté manifeste du pouvoir d'éliminer toutes les forces démocratiques de la scène politique".

A l'approche de la campagne électorale, les journaux proches du pouvoir stigmatisent "des forces obscures qui veulent semer le chaos" en Algérie, dénonçant "des forces rétrogrades et des organisations occultes à la solde des puissances étrangères et des feuilles de route émanant d'outre-mer".

Par ailleurs, comme chaque vendredi à Alger, ont été déployées des banderoles fustigeant la France et le président Emmanuel Macron, accusé de soutenir un président algérien "illégitime" aux yeux des manifestants, ainsi que des pancartes exhortant à boycotter les produits français. 

Des rassemblements ont eu lieu également à Oran (nord-ouest), à Sétif (nord-est) et en Kabylie, à Béjaïa, Tizi Ouzou et Bouira, et dans d'autres grandes villes de province.

le Comité national de libération des détenus (CNLD), une association qui vient en aide aux prisonniers d'opinion, a fait état de "très nombreuses arrestations" et de violences policières au moment de la dispersion de la marche en début de soirée à Oran. Des manifestants ont aussi été interpellés à Alger, et certains relâchés en fin de journée. 

Né en février 2019 du rejet massif d'un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, impotent et reclus, le Hirak réclame un changement radical du "système" politique en place depuis l'indépendance du pays en 1962.

AFP

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