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Sénégal: la contestation suspend son appel

Le mouvement de contestation au Sénégal a suspendu mardi son appel à manifester massivement jusqu'au lendemain, après des jours de troubles qui laissent le président Macky Sall face à un adversaire comptant profiter du nouveau rapport de forces créé selon lui, pour "imposer" son agenda.

Même si les blindés de l'armée restaient mardi positionnés au quartier du Plateau, centre du pouvoir, Dakar offrait un semblant de retour à la normalité, après plusieurs jours de violences qui ont fait au moins cinq morts - dix selon l'opposant Ousmane Sonko.

Malgré de nouveaux affrontements, la journée de lundi, redoutée, a produit certaines des conditions d'une décrispation dans un pays dont la réputation de rare îlot de stabilité en Afrique de l'Ouest a été malmenée.

Ousmane Sonko, dont l'arrestation a mis le feu aux poudres le 3 mars, a certes été inculpé dans une affaire de viols présumés, mais a été remis en liberté sous contrôle judiciaire. Et le président est sorti de son silence pour appeler à "l'apaisement".

Les travailleurs ou les passants du Plateau, désert la veille, attendaient les prochaines heures avec plus de sérénité, à défaut d'oublier la dureté des conditions de vie.

Grace Baramoto, femme au foyer de 37 ans, est restée deux jours à la maison parce qu'elle "avait peur".

"Je pense que ça va se calmer parce que Sonko a été relâché. Il avait été arrêté de manière injuste. Les boutiques et supermarchés ont rouvert, ça rassure", dit-elle.

Le collectif Mouvement de défense de la démocratie (M2D), qui inclut le parti de M. Sonko, a annoncé suspendre l'appel à manifester "massivement" jusqu'à mercredi, lancé alors que M. Sonko était encore gardé à vue.

Mais il tiendra une conférence de presse pour annoncer "la date, le lieu et la forme des prochaines manifestations".

- Rapport de forces -

M. Sonko, troisième de la présidentielle de 2019 et pressenti comme un des principaux concurrents de celle de 2024, a été arrêté le 3 mars, officiellement pour trouble à l'ordre public. Il est aussi visé par la plainte pour viols déposée par une employée d'un salon de beauté dans lequel il allait se faire masser pour, dit-il, soulager ses maux de dos.

Il crie au complot ourdi par le président pour l'écarter de la présidentielle, ce que M. Sall a réfuté.

Loin de faire profil bas après sa remise en liberté, M. Sonko a continué à défier le pouvoir devant la presse, au cours d'un monologue en forme de réquisitoire contre le président.

Il a appelé à renforcer la mobilisation, demandant qu'elle soit "pacifique", et formulé une série d'exigences, parmi lesquelles celle que M. Sall déclare "publiquement et sans ambiguïté" qu'il ne briguera pas un troisième mandat en 2024. M. Sall entretient le flou sur ses intentions.

"Nous pensons que nous devons aujourd'hui imposer un agenda à Macky Sall parce que le rapport de forces nous le permet", a dit M. Sonko.

- "Démerde-toi" -

Après le ralliement au pouvoir d'Idrissa Seck, deuxième de la présidentielle de 2019, et la mise à l'écart de Karim Wade et Khalifa Sall, condamnés pour des malversations, M. Sonko est devenu de fait le principal opposant.

Des analystes mettent en garde contre le délai lointain jusqu'à la présidentielle de 2024 et estiment que la contestation actuelle ne permet pas seule de mesurer l'importance du soutien à M. Sonko.

Dicter son agenda au président, c'est beaucoup s'avancer, commente Maurice Soudieck Dione, universitaire en sciences politiques.

La conjugaison des épreuves socio-économiques, aggravées par le Covid-19, et des pratiques autoritaires d'un président qui a perpétué celles de ses prédécesseurs a provoqué une crise exceptionnelle à laquelle l'arrestation de M. Sonko a servi de déclencheur, dit-il.

"Pendant longtemps, on a laissé le président dérouler, certains pensaient même le peuple sénégalais amorphe", dit-il. L'un des enseignements de la crise, c'est que "si le président a bien compris le message, les pratiques autoritaires doivent cesser".

Lundi soir, M. Sall a parlé de "vivre ensemble" et de "main tendue". "Je comprends vos inquiétudes et vos préoccupations", a-t-il dit aux jeunes. Les moins de 20 ans représentent plus de la moitié de la population et ont constitué l'immense majorité des manifestants.

Il a annoncé un allègement du couvre-feu qui affecte durement ceux qui travaillent dans l'économie informelle et a promis de réorienter des moyens financiers en direction des jeunes.

"Tous les jours je me lève, je dépose des CV partout et je ne trouve rien", se désole Adama Kane, 27 ans, fraîchement diplômé en droit. "Ils nous forment mais il n'y a aucun suivi: +Tiens, voici ton diplôme. Maintenant, démerde-toi+. Si tu ne connais personne, c'est impossible de trouver un emploi".

AFP

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